vendredi 31 décembre 2010

Un petit top et flop pour finir l'année en beauté (ou pas)

Oui, le blog est complètement à l'abandon, y a des toiles d'araignées partout et un coup d'aspiro ferait pas de mal mais eh, on fait ce qu'on peut.

Comme le cinéma c'est un peu ma grande passion, je fais mon top de l'année dans cette matière, surement aussi le flop. Bon, évidemment c'est pas exhaustif et hautement subjectif mais voilà.

Allez, on y va :



David Fincher signe encore un chef d'œuvre, croisement entre Fight Club et Zodiac (donc ses meilleurs films), portrait d'une génération au bord de la déchéance sociale, portrait d'un connard qu'on pourrait prendre pour un Kane numéro 2. C'est fort, les dialogues font mouche, la réalisation de Fincher est sobre, clean, très belle. Et il faut citer la musique de Trent Reznor, le leader de Nine Inch Nails (oui, c'est chiant à dire, essayer dix fois de suite, très, très vite) qui sied à l'ambiance du film.




Là, celui-là, personne ne le connait, personne ne l'a vu, normal en France, on a des distributeurs qui, quand ils ne connaissent pas, ne font pas de promo.
Scott Pilgrim, c'est l'adaptation d'un comics de Brian Lee O'Malley, un canadien complètement geek qui a mélangé sa passion pour la geek culture et une histoire romantique. L'histoire, justement, non parce que celui-là faut le voir, bardel ! Scott Pilgrim est un loser de 23 ans qui se remet d'une rupture difficile. Pourtant, il va retrouver l'amour grâce à une fille complètement déjantée aux teintures toutes plus funky les unes que les autres, elle a juste un gros défauts : sept ex qui veulent tuer Scott Pilgrim.
De là, on a donc une histoire touchante, aux idées visuelles toutes plus folles les unes que les autres. En plus, la BO à base de rock garage est excellente (écoutez Black Sheep de Metric, c'est de la dynamite et de la bonne humeur en barre).




Oui, je suis un grand gosse mais quand Pixar parle de la mort à travers des jouets qu'on abandonne, qu'on vibre plus que devant la majorité des films de l'année, qui sont eux, avec de vrais gens, ça mérite d'être signalé, voilà, j'ajoute pas plus si ce n'est que Pixar c'est décidément les maîtres de l'univers.








4 - Inception

Bon, celui-là est un peu incontournable, c'est le chou-chou de tout le monde, ze film über hype. Nolan ne nous dresse certainement pas son chef d'œuvre, selon mon humble personne, "Le Prestige" est encore plus jouissif dans sa métaphore sur le cinéma à travers le prisme de la magie, pour autant, l'approche très cartésienne, très mathématique, très Nolanesque au final sur les rêves est nouvelle, rare au cinéma où l'on a plus l'habitude de grand délires visuelles comme dans "Paprika" ou le sublime "Eternal Sunshine of the Spotless Mind" de Michel Gondry, le grand, l'inimitable Gondry.
Nolan va quand même multiplier les effets de montage grâce à la géniale idée des niveaux de rêves. Le problème serait certainement l'aspect ultra froid de l'œuvre, l'histoire entre DiCaprio et sa femme ne distille pas vraiment d'émotions, mais après tout ce n'est pas le but premier de l'œuvre donc je n'arrive pas vraiment à lui porter préjudice pour ça.


5 - Summer Wars

Le petit bijou de japanim' de l'été, miroir de la société japonaise entre tradition et modernité.


6 - Kick-Ass

Le film de super-héros de l'année, adaptation d'un comics de Mark Millar, un film complètement fou où, pour une fois, Nicolas Cage ne joue pas comme une tanche et n'a pas une coupe de cheveux complètement débile.


7 - Green Zone

Film d'action du réalisateur de "La Mort dans la peau" et de sa suite. Le film va à 100 à l'heure mais offre également un point de vue fermement critique sur la politique américaine pour intervenir en Irak en créant les fameuses Armes de Destruction Massives. Le dernier plan est à ce titre, magnifique et très lourd de sens. Bravo à Matt Damon, le cinéma américain prouve qu'il peut conjuguer divertissement populaire et œuvre engagée.


8 - Shutter Island

La rencontre entre un grand réalisateur qui s'était bien écroulé ces dernières années ("Gangs Of New-York", gros bouzin indigne de Scorsese aux relents clipesques qui parasitent le film, sans souffle épique, ni rien: "Les Infiltrés", grosse daube parasité par Nicholson qui cabotine à mort et un scénario sans queue, ni tête; entre, il y aura quand même eu Aviator, une œuvre monstrueuse, porté par un très bon DiCaprio). Bref, revenons à nos moutons, Shutter Island, c'est le meilleur rôle de DiCaprio dans toute sa carrière, une réalisation exemplaire de Scorsese et un scénario retord aux tréfonds de la folie.


9 - Monsters

Un film à petit budget, rapidement qualifié (à tord) de "District 9 anglais". Là où ce dernier versait dans le spectacle pyrotechnique et le délire outrancier, "Monsters", se pose comme un film sobre, calme, souvent semblable à du Terrence Malick (vite "Tree Of Life", bordel, vittttttteeeee !!!!; désolé, c'est les nerfs). Après, c'est un film quitte ou double, soit vous aimez les personnages et alors le film passe tout seul, soit vous les détestez et c'est mort. Pour ma part, j'ai trouvé les personnages principaux touchants, leur histoire est émouvante, sobre, traité avec calme.

Mention spéciale qui fait office de 10ème :

Enter the Void : un film abscons mais à la mise en scène impressionnante. Gaspar Noé prouvait avec "Irréversible" (en mieux maitrisé, certes) qu'il tenait beaucoup d'un certain Stanley Kubrick, il le confirme là encore. Sa caméra virevolte, fusionne avec nous pour nous faire vivre le film.



Sinon, on trouvera aussi des grosses purges cette année : Predators, The Killer Inside Me, Adèle Blanc-Sec (Luc, le jour où tu mourras, tu me manqueras, je ne pourrais plus te critiquer pour rien). Mais la bouse la plus infâme, la merde intersidérale de l'année, c'est bel et bien "Le Choc des Titans", je n'écrirai rien sur cette purge, ça mérite juste que l'on vomisse sur le boitier dvd/ blu-ray à chaque fois qu'on le croise dans les magasins.

samedi 28 août 2010

The Way the world ends Chapitre II, partie 2

Nom de dieu, j'ai laissé à l'abandon ce blog et mon roman aussi. Bon, ben la suite, relisez le précédent parce que vu le temps qui vient de passer entre les deux passages. J'espère pas que ce sera aussi long pour la suite.


Nous retournâmes vers le camp, laissant le micro-climat du rocher derrière nous. Arthur nous attendais au pied de sa tente.
- Bien, je vois que vous avez montré à notre nouveau venu le rocher. Impressionné ?
- Je le serai quand vous aurez retirez l'épée.
- Bien, très bien. Dit-il simplement tout en rigolant.
Nous entrèrent dans la tente, de la nourriture nous attendait, des boissons et des lits afin de nous reposer. Le tout était précaire, sans réel confort. Dans le fond, j'aperçus un vieil homme, vêtu dans des vieilles friches qui avaient autrefois été blanches. Il nous regardait de ses yeux vides, rien ne transparaissait, aucune émotion. Il se détourna des autres et me fixa longuement, était-ce encore mes yeux, ou percevait-il autre chose ? Je soutenais son regard, cela dura quelques minutes puis il sortit, passant devant moi tout en continuant de me regarder. Des frissons me parcoururent.
- Ne t'en fais pas pour le vieux druide, me dit Gauvain, il parle peu mais nous pouvons compter sur lui. Si nous sommes blessés, il sera là pour nous aider.
Il nous fallait encore attendre quelques jours avant de réunir plus de bretons. J'en profitais afin de découvrir le pays et m'entraîner un peu plus au combat, au milieu des collines les moyens de courir étaient importants. Lors de l'une de mes courses, je senti que quelqu'un me suivait, je fis comme si de rien n'était et je continuais à courir. Je débarquais dans une forêt dense, la partie de cache-cache allait pouvoir commencée. Je partis immédiatement vers la partie la plus touffue, me mêlant aux arbres, je sortis mon épée de son fourreau et je continuais à courir. Je percevais les bruits de pas, mais ils se faisaient un peu plus lointains au fil de ma course, dès qu'ils ne se firent plus entendre j'escaladai un arbre et m'agrippai à une branche, ni trop haute, ni trop basse. J'attendis quelques minutes avant de voir mon poursuiveur, je fût surpris en découvrant son identité. Je descendis de la branche.
- Vous êtes Galaad ? N'est-ce pas ? Vous me suivez ?
- Non, pas du tout, je me baladais juste. Dit-il d'un ton hésitant.
- Pas la peine de me mentir, je vous ai entendu. Petit, mon père m'apprenait à écouter tous les bruits possibles. Votre pas est lourd, votre entrainement doit manquer de rigueur. Comment vous êtes vous joint à cette quête ? En tuant un troupeau de moutons ?
- Non, j'ai trouvé un trésor rare dans une grotte, je n'avais pas vraiment prévu de rejoindre cette quête au début. C'est lorsque le vieux druide est venu me voir que j'ai compris que je pourrai enfin m'échapper.
- Bien et vous souhaiter vous entrainer en me suivant ?
- Eh bien, oui, vous êtes nouveau et solitaire, je me disais que peut-être vous voudriez bien de moi.
- Ça ne me dérange pas. Mais arrêtez de me suivre et courez à côté de moi, il va vous falloir être plus léger si vous voulez survivre avec moi.
Je tapotais son gros ventre du bout de mon épée pour me faire comprendre.
- Donc vous allez courir avec moi et vous entrainez à l'épée, et vous suivrez un régime alimentaire semblable au mien.
- C'est-à-dire ? Demanda-t-il l'air inquiet
- Oh rien de compliquer, juste moins de gras. Mais assez bavarder, suivez-moi !
Je repris alors ma course, il s'épuiserait rapidement et ne parviendrai plus à me suivre au bout d'un moment. Il me fallait lui proposer un entrainement brutal, sinon ce ne serait jamais efficace. Seule la brutalité pourrait le faire progresser, et après tout il avait rejoint cette quête insensée. Je lui proposait pendant les trois jours qui suivirent un entrainement épuisant, en peu de temps, son corps s'était transformé, il était recouvert de cicatrices diverses, causées par les divers exercice que je lui avait proposé. Il avait progressé en endurance et son pas s'était allégé à force de grimper aux arbres, son art de l'épée s'améliorait.
Le soir, lorsque nous nous retrouvions dans la tente, nous échangions nos expériences de vie, je ne racontais évidemment pas tout, je mentais parfois afin de rendre l'histoire cohérente et j'inscrivais mon nom dans cette légende un peu folle. Le personnage le plus emblématique était réellement Lancelot, en plus d'être énigmatique, en effet il nous donnait l'impression d'avoir voué sa vie entière à cette quête, tout jeune déjà il sauvait des gens qui risquaient de se faire tuer par des bandits, il semblait être un héros, nous ne tarderions pas à découvrir que l'habit ne fait pas le moine.
Enfin le jour du triomphe d'Arthur arriva, il avait apparemment tout prévu, la plupart de la Bretagne était massée sur la plage, chacun tentant d'avoir une meilleure place que l'autre. Depuis le rocher, Arthur ne voyait personne, mais le contraire n'était pas vrai, chacun voyait qu'il allait bientôt devenir le Roi. Nous restâmes sur la plage, afin d'éviter les problèmes, chacun se devait d'être irréprochable. Arthur avait en effet invité des dignitaires romains à assister à la cérémonie. Il vous faut bien comprendre que Arthur n'avait pas toujours vécu en Bretagne, sa mère l'avait caché à Rome dès son plus jeune âge par crainte que les ennemis de son père ne veuillent le tuer. Un prénom romain lui avait été attribué : Arthurus. Là-bas, il avait servi dans la milice, il parlait assez peu de cette période de sa vie, il semblait ne pas avoir aimé vivre à Rome. Lorsque les dirigeants romains en avait eu marre de ne pas parvenir à un contrôle total de la Bretagne, ils décidèrent de rechercher le légendaire fils de Pendragon, apparemment caché dans l'opulente cité. Ne se souvenant pas de sa jeunesse, personne n'était sûr, lui en premier, s'il était véritablement le fils adoptif de. La légende diffère de la réalité sur ce point, Arthur n'est pas né de l'union illégitime de de Pendragon et de la femme de son ennemi juré. Avez-vous déjà vu beaucoup d'enfants naître après une seule partie de jambes en l'air ? Il a en fait été trouvé non loin d'un champ de bataille, au milieu d'un tas de cadavres, couvert de sang, par Uther, peu de temps après son accès au pouvoir. Peu de gens connaissent la vérité, et les écrivains ont souhaité intégrer du romantisme à cette histoire, altérant par là même la réalité. Les romains lui ont fait confiance, ils l'ont entrainés tactiquement, mentalement, mais son choix s'est fait lorsqu'il a commencé à avoir des visions d'une femme rousse qui lui disait de désobéir aux romains et de chercher le Graal, ce que lui confirmera plus tard, Merlin, le vieux druide. Aucun de nous n'a jamais réellement douté de sa santé mentale, comment voulez-vous ? L'épée ne se séparait de son bloc de roche qu'à son contact (au mien aussi, mais cela est secret) et elle lui donnait une force incommensurable. Moi-même je ne pouvais douter de ce côté mystique, ma vie était de la fantaisie pure.
Il s'apprête alors à relâcher l'épée de son étau et à trahir les romains. Il semblait que toutes les personnes présentes étaient dans un état de tension insoutenable. Le sort de la Bretagne dépendait du succès d'Arthur, les vies de générations futures étaient entre ses mains, l'échec ne lui était pas permis. Sur ma gauche se trouvait Léodagan qui me regarda, il semblait me dire : « Si jamais, ça ne marche pas avec lui, on sait que tu es là ». Le temps sembla s'arrêter, s'étioler, les secondes paraissant des siècles pendant qu'il enlevait l'épée, les gens ressentaient se qui se passait, ils semblaient tous connecter, un lien magique s'était tissé entre eux, ils étaient unis, eux qui durant des siècles avaient vécus les uns à côté des autres sans réellement se voir, étaient désormais liés par un homme.
Certaines choses sont vouées au succès.
La foule sembla exulter, les dirigeants romains applaudirent calmement ne trahissant pas leur anxiété. Arthur descendit de la colline et vint vers nous :
- Bien messieurs, je pense qu'il est temps pour moi de prendre ma première mesure en tant que Roi de Bretagne. Perceval, Léodagan et Bohort vous venez avec moi. Lancelot, je vous laisse à notre bon peuple, prenez-en soin.
- Fort bien, messire, je m'acquitterai de ma tâche du mieux possible. Lui répondit-il simplement.
Notre bande se dirigea vers les romains. Ils étaient deux dignitaires, accompagnés d'une petite poignée de soldats.
- Léodagan, vous pourrez prendre la parole si la discussion s'envenime. En attendant cette éventualité, vous vous taisez, je ne voudrais pas que le tout finisse en bain de sang.
Il ne répondit pas, se contentant d'acquiescer. En s'approchant, le Roi leur fit signe de s'installer, une table avait été disposée afin de régler les négociations.
- Mes félicitations pour votre démonstration, Arturus, c'était réellement impressionnant. Commença le plus âgé des dignitaires présents.
- Ne m'appeler pas comme ça, mon nom est Arthur, pas Arturus, je suis breton, pas romain. J'ai grandi chez vous contre mon gré, si ça n'avait tenu qu'à moi, je n'y serai jamais allé!
- Oh oui, c'est vrai, excusez-moi alors. On ne va pas se chamailler pour si peu, n'est-ce pas ? Nous allons signer un traité de grande importance et que tu le veuilles ou non Arthur, toi et ton peuple deviendrez romains.
Léodagan se racla la gorge de manière prononcée en signe de mécontentement.
- Qu'y a-t-il, breton, quelque chose à dire ? Demanda le romain.
Le beau-père fit un signe de main en guise de non.
- Bien, alors Arthur, prêt à signer ce traité ?
- Un traité ? Quel traité ? Je n'ai jamais entendu d'un traité.
- C'était pourtant ce qui était convenu quand tu es parti, tu les ralliais à ta cause et après on unissait ce bout de terre à l'Empire.
- Je pense que vous avez rêvé, Sallustius, je devais avoir bu quand j'ai convenu de ça. Maintenant si vous voulez absolument que la Bretagne soit rattaché, libre à vous de déclencher une guerre, mais je peux vous garantir que vous perdrez. Pendant que vous faisiez vos petites manigances politiques à Rome, j'ai envoyé un message à mon peuple, apparemment ils ont compris, beaucoup de vos soldats sont morts, beaucoup de vos camps ont été vidés de leurs occupants. Ceux que vous voyez autour de moi sont des fidèles que j'ai recruté personnellement et qui se sont distingués. Je tiens notamment à vous présenter Perceval. Voyez-vous, Perceval a éliminé à lui tout seul un camp entier de soldats romains, près de chez lui, il a laissé un survivant afin de faire connaître la nouvelle. Voyez aussi Lancelot, depuis sa jeunesse, il sauve les gens victimes des bassesses commises par vos soldats, il n'a pas de famille car vous l'avez tuée.
- Très bien, je comprends que vous êtes tous enragés par notre présence, mais pourquoi décimé un camp, Perceval, vous nous détestez à ce point ?
- Pas vraiment, là où j'habite, en Armorique, nous sommes tranquilles, votre présence n'était pas envahissante, cependant, je ne suis pas fait pour être fermier, je préfère largement combattre. Il y a longtemps, certains de vos amis m'ont fait subir un traitement particulier, depuis lors on ne peut pas dire que je vous porte dans mon cœur. A dire vrai, je porte peu de monde dans mon cœur... Mais ne cherchez pas à me comprendre, tout ce que je peux vous dire, c'est que certaines choses sont vouées à échouer.
- A vous de décider, Sallustius, repartez maintenant ou restez et vous repartirez en morceaux à Rome avec un message pour l'Empereur, que j'apprécie fortement par ailleurs, il est bien moins stupide que vous, et bien moins envieux. Vous lui avez usurpé son pouvoir, il ne risque plus de nuire à personne. Finalement, peut-être que je devrais vous tuer, je lui serai certainement utile, vous éliminer rétablirait quelque peu l'ordre à Rome... Enfin, je suppose que ce n'est pas de mon ressort, alors je vais vous laisser partir, veillez à ce que votre décision soit prise en accord avec César et qu'elle soit juste... pour tout le monde.
Le dignitaire se leva, et fit signe à son cortège qu'il partait. Arthur avait pris des risques, il le savait et il en tremblait encore. Léodagan regarda son Roi et l'applaudit.

Y a-t-il un intérêt à ce que je vous raconte la suite directe de cela ? Je ne crois pas. Je vais aller à l'essentiel immédiatement, la famille d'Arthur possédait un château situé à Camelot, à l'est de la péninsule bretonne, il était situé au milieu d'une immense plaine, des petites maisons formaient un semblant de village, autour de cette seigneurie se dressait des champs cultivés et des forêts. La mère d'Arthur avait exercé une régence sur ce domaine qu'elle détestait, c'était Uther Pendragon qui le lui avait transmis à sa mort, elle avait suffisamment à faire à gouverner Tintagel. De cela résultait une certaine pauvreté et un mécontentement certain du peuple de Camelot. L'arrivée d'Arthur fut perçu avec appréhension, le fils Pendragon allait-il apporter la richesse ou bien le malheur ? Notre groupe de chevaliers n'aidait pas forcément à le réconforter, il pensait qu'Arthur serait un chef de guerre qui se ficherait de son peuple.
Ma première nuit au château ne fût pas la plus facile, la frénésie des jours précédents était encore présente, beaucoup de choses avaient changé dans ma vie en très peu de temps. Il m'avait fallu attendre près de trois siècles avant de percevoir un changement durable dans ma vie, peut-être avais-je fait mon deuil à ce moment, en coupant définitivement les ponts avec mon passé. Avec le recul, je crois que c'est ce que j'ai toujours fait, j'ai toujours fui mon passé pour pouvoir l'accepter, pour pouvoir vivre avec, pour tous vous avouer c'est la première fois que je fais une rétrospective. Vous, mortels ne cessez de regarder dans le passé pour avancer, du fait de votre mortalité justement, vous avez besoin de vous réconforter en regardant vos actions passées, vous souhaitez atteindre un certain idéal et regarder votre passé pour l'atteindre, je n'ai jamais eu besoin de ça, j'ai vite compris que j'aurai le temps et que je pourrai accomplir tout ce que je voulais sans jamais me retourner. Le seul élément de mon passé vers lequel je me tourne c'est elle. Cela doit aussi vous arriver : parler avec un être cher dans vos rêves, vous êtes tellement concentré sur ce rêve que lorsque vous vous réveillez le matin le rêve a pris le pas sur la réalité, et pendant quelques secondes vous croyez que la personne dont vous avez rêvé est encore là, à vos côtés mais la réalité vous colle un uppercut et vous vous souvenez, elle n'est plus là, vous errerez sans elle jusqu'au bout de votre route. Cela m'arrivait souvent à cette époque, je me réveillais chaque nuit en pensant la trouver à mes côtés et je ne trouvais que le vide, l'obscurité me regardait et me riait au nez, toutes les bonnes choses dont j'avais rêvé disparaissaient dans l'obscurité.
Certaines choses sont immuables.
Vous avez beau savoir qu'elles font parties d'une réalité éloignée, lointaine, elles se rappellent à vous dans vos moments de faiblesse.
Nous disposions chacun de nos quartiers, nous pouvions faire ce que bon nous semblait dans les limites du raisonnable et du savoir-vivre. Beaucoup de mes camarades ramenaient des femmes dans leurs quartiers, chaque nuit on pouvait croire que la décadence infestait Camelot, les orgasmes se succédaient les uns aux autres. Je n'étais pas aussi actif sur le plan sexuel que mes camarades, mais j'allais moi aussi chercher des femmes, après tout mes besoins étaient eux aussi humains, le château ressemblait à un gigantesque bordel lors de certaines nuits. Les cris de jouissance se succédaient les uns aux autres et formaient un gigantesque capharnaüm. La quête du Graal n'était pas aussi pure que présenté dans certaines légendes. Cette débauche d'immoralité ne faisait pas pour autant d'Arthur un Roi ignoble ou fainéant, au contraire.

- Pourquoi pensez-vous que seul Lancelot et vous êtes invité à des réunions privées avec le Roi ? Me demanda Bohort au détour d'un couloir.
- Seriez-vous jaloux, messire Bohort ?
- Absolument pas, je suis contre le favoritisme! Dit-il alors qu'il devenait gêné.
- Simplement, nous sommes surement les plus utiles à l'action royale. Répondis-je d'un air sec, en tournant les talons.
Chaque semaine, le Roi organisait deux réunions, celle où tous les chevaliers étaient présent et faisaient état de leur situation, et l'autre où seul moi et Lancelot étaient présents où nous discutions de questions plus techniques comme la situation défensive du pays. Lancelot n'était présent que dans ces moments au château, le reste du temps il vivait à l'extérieur, faisant ce qu'il préférait : vivre parmi le peuple, au plus près de leurs besoins, cela explique surement certains de ses comportement futurs. Arthur avait entrepris avant son accession au pouvoir de renflouer les caisses du royaume, il avait fait chanter Sallastius avant son départ pour Rome, quelques romains pouvaient rester sur le territoire breton en échange d'or. Cela avait été efficace, l'or avait coulé dans les caisses, vides depuis quelques années, pour accentuer cela, le Roi avait entrepris de soutenir ces agriculteurs et de développer du commerce, cela n'était pas compris par beaucoup. Pourtant, l'Empire Romain était un gros acheteur et apportait au royaume.
Chaque réunion se déroulait selon un ordre du jour strict défini par Merlin, le druide qui avait retrouvé Arthur et l'avait informé de son destin à Rome. En dehors de ces moments, c'était un personnage discret, la gestion du pouvoir ne l'intéressait pas, le devenir de sa lignée, si, les apothicaires devenaient de plus en plus rare et peu de gens s'y intéressaient, pourtant sans eux beaucoup de batailles auraient été battus, à chaque époque, j'ai vu que les gens maitrisant l'art de la guérison étaient estimés, ils étaient d'ailleurs les seuls à remarquer mes particularités, surtout à l'époque moderne.
- Bien alors, aujourd'hui, nous allons tenter d'organiser notre défense en vu d'une future attaque des saxons. Lancelot, vous êtes le plus qualifié sur le plan tactique, vous discuterez les idées du Roi. Perceval, quant à vous, vous pourrez soumettre des idées sur le plan guerrier propre, à savoir les armes à utiliser, notamment. Je m'occuperai de la partie financière que j'ai préalablement consultée avec Messire Bohort. Commença Merlin.
- Pour ma part, je recommande une grande prudence dans les décisions que nous allons prendre, nous n'avons de nombre précis, nous ne savons pas de quel équipement ils disposent. Pour le moment nous ne pouvons que conjecturer sur la situation à venir, ce qui est sûr c'est qu'il nous faut rassembler le plus d'hommes, je peux, au cours de mes différentes pérégrinations recruter des hommes. Et si, monseigneur, vous me permettez de partir pour une durée plus conséquente habituellement, je pourrai voyager plus loin dans le territoire, je pense savoir où trouver des soldats qui vous feront allégeance. En ce qui concerne le matériel à utiliser, je laisse messire Perceval vous guider, il s'y connait bien mieux que moi dans ce domaine. Enchaîna Lancelot.
- Je suis d'accord pour vous laisser partir pour une longue durée, j'expliquerai aux autres chevaliers la situation, cependant j'exige de vous un rapport chaque semaine. Vous m'expliquerez où vous vous trouvez et si vous avez réussi à convaincre des personne sur votre route. Perceval, je vous écoute.
Lancelot parti immédiatement.
- Sire, nous savons que votre père avait fait installé des tours de guets aux points stratégiques du royaume. Nul doute que malgré l'absence de gouvernement, les différents seigneurs locaux ont conservé ces dernières, cela leur assurait une certaine puissance sur d'éventuels assiégeants. Cela reste à vérifier, mais si tel est le cas, vous devez faire en sorte qu'elles soient réarmées, nous serons alors prévenu si les saxons tentent de nous attaquer. De plus il faut des armes, le royaume est vulnérable, il n'y a que nous pour défendre le territoire et cela ne constitue pas une force dissuasive, si bataille il devait y avoir, ce serait un massacre. Cependant pour pouvoir fabriquer des armes il faut de l'or, ce qui, je ne crois pas me tromper, manque. Je suis apte à fabriquer des épées ou toutes autres sortes d'armes, pour les armures c'est autre chose, il faut mobiliser des forgerons du royaume et les payer, ou encore pourrait-on demander à Rome de l'aide.
- Rome va bientôt tomber, leur royaume s'achève dans des déluges de sang et de sperme. Ils se sont détachés de ce que tout souverain devrait faire : s'occuper de son peuple. Désormais ils en payent le prix. Je vais envoyer les chevaliers dans leurs régions natales si une attaque y est envisageable. Perceval, vous et Caradoc resterez ici à la Cour avec moi, votre région ne sera pas attaqué immédiatement, nous repousserons l'attaque avant qu'ils atteignent l'Armorique. Je vous laisserai prévenir Caradoc, il redoutait de devoir partir à cause de sa famille. Je pense que nous pouvons clore la session, à moins que vous n'ayez quelque chose à ajouter Merlin ?
- Nous sommes au point pour le moment. Répondit-il de son ton monocorde habituel.

Je frappais à la porte de la chambre de Caradoc. Sa femme vint m'ouvrir et je lui expliquais la situation, son visage afficha un air apaisé, serein. Elle m'invita à l'intérieur et alla chercher son mari. Leur chambre était modeste, assez confortable pour accueillir un couple marié avec deux enfants. Le dernier était encore dans son landau. Je m'en approchais et le regardais, il avait le corps d'un petit bambin, boudiné, encore informe, il afficha un large sourire lorsque je le regarda, ses yeux brillaient d'une flamme vivace, s'y mélangeait la curiosité et l'envie de vivre. Des sentiments qu'ils perdraient à force de grandir. « Tu ne sais pas la chance que tu as, petit homme, chaque jour sera nouveau pour toi, tu en profiteras, tu trouveras ce que tu veux. Tu vivras, tu aimeras des gens et tu les accompagneras dans chaque étape de leur vie et même dans leur mort. » C'était ce que je lui avais dit tout en le regardant. Lorsque j'eus fini il sourit simplement, attrapa son pied et joua avec. Je posais ma main affectueusement sur son crâne garni de quelques cheveux. Voir cet enfant m'apaisais, il n'étais pas de moi, je n'avais aucun lien avec, il n'était pas condamné à une existence éternelle, il ne comprenait pas ce que je lui disais je pouvais donc lui parler sans tabous, il était un confident privilégié.
- C'est mon bonheur, vous savez ? Me dit Caradoc en entrant dans la pièce. Je suis bien content de rester à Camelot, je pourrai m'exécuter plus efficacement dans mes tâches.
- Bien, très bien, le Roi savais que cela vous ferai plaisir. Les autres chevaliers vont partir dans leurs régions natales et ils coordonneront la défense là-bas. Ils nous préviendront aussi lorsque les Saxons arriveront.
- Parfait, dites-moi, messire Perceval, ne répondez pas si cela vous dérange mais puis-je vous demander pourquoi vous n'avez pas de femme ?
- Cela ne me dérange pas, j'ai eu une femme il y a un certain temps, mais elle est morte des suites d'une longue maladie très courante. Nous n'avons jamais eu d'enfants, je n'en voulais pas et ma femme a respecté mon choix.
- A votre façon de parler on dirait que cela fait des siècles qu'elle est morte. Vous n'êtes pourtant pas si vieux que ça ?
- Je paraît plus jeune que je parais, j'ai une quarantaine d'années.
- Vieux saligaud, vous en paraissez dix de moins.
- Je crois avoir de la chance, tout simplement. Bien, je vais vous laisser messire. Profitez bien de votre famille.

Les semaines passèrent, les chevaliers étaient repartis dans leurs provinces natales, des pigeons arrivaient chaque jour de tout le territoire, nous informant des avancées dans la coordination des défenses. A Camelot régnait une agitation permanente, le Roi était très tendu, l'absence de Lancelot et son absence d'informations n'aidant pas. De plus, la coordination défensive était délicate, j'aidais le forgeron du village à préparer des armes et armures en nombre suffisant. Nous préparions des pièges dans le village et aux abords du château. Les armes de siège étaient prohibées, les saxons n'en auraient pas, et nous n'avions pas les ressources nécessaires pour en fabriquer. Nous nous attelions donc à des défenses basiques. Nous gagnerions c'était certain, j'étais invincible et je serais en tête des troupes.
Un jour que je trouvais dans le village, une femme vint me voir, la connaissais-je ? Certainement, ce devais être une de celles qui venaient au château pour coucher avec nous. Je ne la reconnus pas, à vrai dire, je me passais du sexe, le peu de femmes qui couchais avec moi était à chaque fois différent. Elle vint vers moi, je ne me souviens même plus de quoi elle avait l'air, il faisait sombre cette nuit-là C'est aussi une histoire que j'ai tenté d'occulter, cette femme m'a causée des soucis incommensurables. Vous n'allez surement pas aimer ce qui suit, mais cela peut vous aider à comprendre certaines de mes actions de maintenant.
- C'est vous, j'en suis sûr, je n'ai pas couché avec un autre homme depuis, ce ne peux être que vous.
- Que se passe t-il, ma dame ?
- Comme si vous ne le saviez pas. Me rétorqua t-elle, furieuse. Je suis enceinte par votre faute.
- Excusez-moi de mettre en doute votre parole, ma dame mais je ne me souviens même pas de vous. Lui répondis-je.
Elle tenta de me gifler mais je l'arrêtais à temps, son visage vint alors briller dans l'obscurité. Je la reconnus, j'avais couché avec elle il y a des mois de cela. Elle soutint mon regard, je relâchais son bras et entrepris de m'excuser. Elle n'entendit rien, elle repartit furieuse en me promettant d'en parler au Roi, elle pouvait bien, je n'en avais cure.

Je regardais par la fenêtre lorsque le Roi vint me parler le lendemain. Je contemplais les étendues sauvages qui formaient le royaume.
- Une jeune femme du village est venue me parler ce matin, elle serait enceinte de vous. Cela vous dit quelque chose ?
- Oui, elle est déjà venue me voir hier. Peu importe ce que vous direz, je n'en ai que faire. Cet enfant n'est pas de moi, je le sais, c'est tout. Lorsque j'étais marié, j'ai essayé de concevoir avec ma femme, nous n'avons jamais pu donner la vie.
- Vous étiez marié ? Votre femme n'est pas avec vous ?
- Non, elle est morte très jeune peu de temps avant que vous veniez me voir. Vous avez surement remarqué que je transporte toujours une urne avec moi, ses cendres reposent à l'intérieur. Elle m'accompagne toujours.
- Vous êtes quelqu'un d'étrange, d'habitude ce sont les sorcières que l'on brûle. Nos femmes nous les gardons avec nous, et ensuite nous les enterrons, ce sont nos traditions.
- Je ne suis pas traditionaliste et je ne crois pas en votre dieu, je crois qu'il y a la vie et la mort, et ça s'arrête là.
- Oui, vous êtes vraiment étrange. Revenons-en à cette femme, vous ne comptez même pas l'aider ? Elle porte un enfant, votre aide lui serait utile, c'est certain.
- Pourquoi l'aiderai-je ? Parce que j'ai couché avec elle une fois et qu'elle est désormais enceinte ? Comment pourrait-on prouver que cet enfant est de moi ? Sans doute est-elle une trainée, je ne suis surement pas le seul avec qui elle a pu couché. Je ne m'occuperai pas d'elle, ni de son rejeton, je ne les considère pas miens. Ma décision est faite, vous ne pourrez rien y changer. Maintenant, si vous voulez bien m'excuser j'ai à faire.

Je repartais, fuyant l'inconnu, ce grand inconnu qui fout la trouille à tout le monde. Je me replongeais dans les préparatifs de la guerre à venir. Les informations nous arrivaient chaque semaine. A aucun moment, des signes d'offensive ne se présentaient à nous, pour autant chaque chevalier envoyé organisait la défense. D'après les informations que nous recevions, le peuple du Royaume était bien préparé, les forgerons avaient embaucher des bras en plus afin d'armer convenablement chacun, des tourelles avaient été construites aux entrées des villages et aux endroits stratégiques, le Roi parlait chaque soir avec cette dame qu'il disait être seul à voir et lui demandait conseils et lui adressait des prières. J'étais apparemment le seul païen du groupe, ma vie m'avait convaincu qu'aucune force supérieure ne nous guidait dans la vie, il n'y avait que nous et cela était déjà suffisant vu le chaos que nous parvenons à mettre. C'est du moins le ressenti que j'ai, peut-être étais-je un pieu chevalier? Ma mémoire peut parfois être défaillante et les détails se remodeler à ma guise.
Les mois passèrent, la femme qui se disait enceinte de moi ne m'avait plus embêter pour le moment, tout le monde était trop concentré sur les attaques imminentes. Lancelot était revenu à la Cour, il avait apporté avec lui des gens de sa confiance, il en avait mis les autres en poste avec nos camarades. Les dernières nouvelles étaient peu encourageantes, des rapports indiquaient la présence de bateaux ennemis non loin des côtes, l'attaque semblait être coordonnée pour frapper en plusieurs points du royaume et essentiellement sur les côtes, point névralgique et stratégique. Chacun s'affairait aux derniers préparatifs, tous était tendu, certains n'avaient jamais tué, certains n'avaient même pas l'âge pour porter une armure ou une épée, ils étaient parfois trop jeunes mais le Roi tenait à ce que chacun se battent pour sa survie. Il avait un plan qui me semblait logique mais que Lancelot désapprouvait au plus haut point : puisque les saxons souhaitaient nous envahir, l'ensemble du peuple devait se battre, il y aurait des morts, certainement, des deux côtés, des innocents mourraient, des gens qui ne comprenaient rien à ce qu'on leur demandait. Le propre de chaque guerre, c'est que les gens se battaient parce qu'on leur demandait, ils ne comprenaient rien aux ordres la plupart du temps, mais c'était tout ce qu'ils savaient faire : obéir.
Il y eut plusieurs batailles, raconter l'intégralité me prendrait des heures, et je ne me souviens pas en détail du déroulement de chacune, je me souviens d'une en particulier, la dernière, les victoires définitives restent dans la tête, les autres ne sont que du bonus en général, la mémoire les occulte.
Cela faisait déjà quelques semaines que les Saxons tenaient leur siège, l'ensemble de la population de Camelot était regroupé dans l'enceinte du château, les provisions commençaient à manquer, le Roi voyait que inexorablement une issue se dessinait, elle serait sinon sanglante, au moins définitive pour l'un ou l'autre des camps. Il me convoqua avec Lancelot afin de préparer une dernière offensive, celle de la dernière chance. Il avait déjà préparé son plan : Lancelot resterait dans l'enceinte pour protéger les innocents et pour prendre la relève si le Roi venait à mourir. Lui et moi irions directement face aux saxons avec les soldats qui pouvaient encore tenir une épée, l'opération était suicidaire, le Roi le savait, pourtant c'était la Dame qui le lui avait dit, il faisait pleine confiance en cette dame que lui seule disait voir. Quant à savoir s'il était fou ou bien sincère, la question ne se posait même plus, Lancelot le suivrai en enfer s'il le fallait, et je tenais absolument à en finir, je savais pertinemment que une armée simplement composé de moi les écraserait, je ne tenais cependant pas à agir de façon brave et apparaître déraisonné, ma crédibilité serait totalement anéantie.
Nous nous préparâmes, je partis faire un tour à la forge de fortune installée dans le château et je me mis à aguiser les lames, le sang qui avait déjà coulé dessus les avait abîmés. J'eus aussi l'idée de forger des couteaux afin d'éliminer les saxons de manière plus efficace, des lames fraiches ne feraient pas de mal, le tranchant serait plus efficace. Lorsque j'eus finis je rejoignis Arthur et les autres soldats à l'extérieur, Lancelot nous attendait, il empoigna le Roi, je lui serrai la main tout en lui souhaitant bon courage, il fit de même. Nous partîmes, les saxons s'attendaient à une attaque désespérée, tout le monde le savait, mais certainement pas à une attaque à l'aube, pourtant ils seraient prêt, c'était une certitude. Sur le chemin je proposais au Roi de jouer le rôle d'éclaireur, lui rappelant mon attaque réussie contre les Romains. Cela me semblait être hier, pour lui ce devait être une éternité. Il accepta.
Je pourrais tuer sans soucis la plupart des soldats saxons, pour autant il me faudrait viser convenablement, leurs armures étaient en acier et leur peau semblable à du bois épais de quatre mètres, la gorge serait le meilleur point d'attaque ou bien l'entrejambe. Je laissais le Roi et les soldats à la lisière de la forêt qui entourait le camp, tous étaient vêtus de noir et Arthur avait exigé que chacun se peigne la figure avec de la boue, ainsi ils faisaient corps avec l'obscurité encore présente, le jour ne se lèverait que dans deux heures. Je partis sur les talons, j'avais retiré mes bottes et les effets lourds de mon armure, j'étais vulnérable, mes pieds étaient recouverts de boues, mais le bruit n'était plus présent, j'étais silencieux telle la faucheuse. Leur camp était certes sommaire, mais ils avaient des tours de garde à l'entrée, en bas se trouvait deux gardes assis autour d'un feu. Je décidais d'éliminer d'abord ceux perchés dans leur tour et ensuite les deux fous à terre. Je contournait en prenant bien soin de laisser un angle suffisamment large afin de ne pas être repéré, j'escaladais la première tour, mon couteau entre les dents, l'épée en bandoulière, je m'accrochais afin rebord afin de distinguer combien d'ennemis était présent, il n'y en avait qu'un, je me hissa et tout en restant silencieux, m'approchait de lui afin de lui trancher la gorge, je me levais, retira la lame d'entre mes dents et avec ma main gauche l'approcha sur le devant de sa gorge, je fis partir un coup sec et mit ma main droite sur sa bouche afin qu'il ne hurle pas et pour retenir son corps dans une chute bruyante. Je descendis de la tour, repris le même chemin et me dirigea vers la seconde en suivant le même procédé. Afin d'éliminer les gardes autour du feu, il me fallait simplement arriver dans leur dos et les tuer, tout en restant discret. Je plantais la lame du couteau dans le dos de l'un, l'autre réagit et tenta d'appeler à l'aide, je pris mon épée et fendit l'air, la lame s'abattit sur son épaule, il gémit de douleur, le coup suivant lui trancha la tête. Le reste du camp était remplit de tentes, je repartis en arrière pour aller chercher le Roi et le reste des soldats.
Nous arrivâmes dans le camp, chacun partit de son côté exécuter ses propres soldats. La frénésie des combats de chacun devait y être pour quelque chose, tous était concentré avec ardeur dans leur tâche, chacun s'occupait de ses victimes. Peut-être que si nous étions restez vigilants, nous aurions pu prévoir ce qui se produirait. Nous nous retrouvâmes tous dehors, nous attendions le Roi mais il ne vint pas, j'envoyais l'un de nos camarades le chercher, il revint quelques minutes après, tenant le corps d'Arthur dans ses bras, ils étaient tous les deux livides.
- Je l'ai trouvé comme ça, son adversaire était mort et le sire était à terre, il gisait dans une mare de sang, la sienne, je suppose, j'ai jeté un œil et j'ai vu une balafre importante au niveau de son estomac.
Il déposa le corps, je ne savais pas quoi faire, et mes camarades non plus. C'est une éventualité à laquelle personne n'avait songé, certains d'entre nous était morts, cela faisait partie du plan, insidieusement, mais le Roi, personne n'aurait pu prévoir sa mort.
Mais soudain, alors que tous nos espoirs avaient disparus, le cadavre à nos pieds fit du bruit, une expiration, si profonde, si intense qu'on aurait pu croire qu'il nous parlait depuis le tréfonds des ténèbres. Il se releva et resta assis sur ses jambes, il nous regarda, bouche bée. Immédiatement je regardais sous sa veste, seule une simple cicatrice était apparente, mais elle semblait être ancienne. Je regardais l'autre soldat, interloqué, ce dernier ne sut quoi me dire.
- Bon, on y va, ou vous préférez me regarder, tous, comme des enfants ? J'ai dû m'évanouir, tout simplement, pas la peine de se posez des questions pendant plusieurs années. Alors vous reprendrez vos esprits et vous retournez en direction de Camelot. Déclara le Roi, de sa voix autoritaire.
Les soldats ne se firent pas prier, ils avancèrent immédiatement sur le chemin du retour, préférant oublier ce qu'il venait de voir et l'attribuant à la fatigue.
Certaines choses sont inexplicables.
Arthur se releva et me toisa. Il commença à parler :
- Pas un mot de ce qui vient de se produire ici, à qui que ce soit, je ne veux pas que ma femme ou le seigneur Lancelot ne s'inquiète pour rien.
- Très bien, sire.

Nous rentrâmes, calmement, sûrs de notre victoire totale. Les familles, nous voyant arriver sains et saufs hurlèrent de joie, certaines, ne voyant pas leurs maris pleurèrent, d'autres les embrassaient. Le Roi passa devant sa femme et Lancelot, il ne leur fit aucun signe, rien, pas un geste, il semblait pensif, ce qui venais de lui arriver devait le laisser perplexe, ou peut-être que non. Les jours passèrent, des repas et des fêtes de victoire se succédèrent les uns aux autres, l'alcool coula à flot, les femmes se couchèrent devant leurs héros, espérant en retour une place d'honneur qui ne viendrait jamais ou alors une divine bénédiction superflue. Tous mourraient un jour ou l'autre.
Puis le Roi vint me voir, il semblait solennel :
- Vous souvenez-vous de cette femme qui est venu vous voir en colère, clamant qu'elle attendait un enfant dont vous étiez le père. Celle que vous avez rejetée ?
- Qu'y a-t-il à propos de cette femme ? Est-elle morte durant les attaques ?
- Si cela vous rassure, oui, elle l'est.
- Eh bien, ainsi elle ne viendra plus m'embêter avec son enfant, il a dû lui aussi périr.
- Là est tout le problème, le prêtre du village est venu me voir, il a trouvé un enfant dans la maison de cette paysanne. Tout porte à croire que c'est le sien et par supposition, le vôtre. Avant que vous ne disiez quoique ce soit, je tiens juste à ce que vous sachiez ceci : aucune loi dans mon royaume ne vous oblige à prendre cet enfant sous votre tutelle.
- C'est parfait, mais je tiens malgré tout à le voir, une sorte de curiosité malsaine me pousse à savoir si c'est mon enfant ou non.
- C'est un fils, au fait. Me dit le Roi avant de repartir.

J'étais assis en face de lui, rien chez lui ne me permettait de savoir si il était mon fils ou non, il était minuscule, devant avoir quelques mois à peine il avait des cheveux de paille, blonds, dans tous les sens, seule une mèche plus foncée sur le devant faisait un contraste. Ses yeux étaient bleus, d'un azur très prononcé. Je pouvais bien sûr, savoir s'il était mon fils, le geste était tentant mais cruel, si il se révélait qu'elle s'était trompé, après tout, pouvais-je croire sur parole, une paysanne ?
Les mois passèrent, je ne le revis pas pendant tout ce temps mais certaines choses ne sont pas contrôlables, à croire que quelque chose nous force. Je ne me souviens plus des détails mais je sais que le prêtre vint me voir un jour, son visage était livide, on aurait cru qu'il avait vu la mort, il savait que je ne voulais plus avoir à faire avec mon fils, mais il ne savait vers qui d'autre se tourner. L'enfant avait trouvé un objet dangereux et avait joué avec, malheureusement, la chose s'était retourné contre lui, le prêtre l'avait trouvé, plein de sang et sans pouls. Il m'emmena dans sa chapelle et me le montra, je lui demandais de sortir et de me laisser seul. Il est amusant de voir qu'il n'y a que lorsqu'on perd les gens chers à nos cœurs que l'on se rend compte à quel point ils peuvent compter.
Je cherchais la plaie, le sang n'en coulait plus, elle était déjà fermée alors que l'accident avait eu lieu peu de temps avant. L'espoir m'emplit, je cherchais son pouls, un très faible battement pouvait se faire sentir. J'attendis alors pendant des heures, je n'avais vécu le phénomène qu'une seule fois et j'étais très jeune, je n'en avait que peu de souvenirs, mais je pensais que cela n'était pas très long une fois les plaies cicatrisées. Je regardais régulièrement afin d'en vérifier l'avancée, la vitesse de guérison était réellement impressionnante, vivre cet « near-death expérience » comme je l'appelais était quelque chose, la voir en était une autre. Il s'éveilla dans la nuit, ses yeux encore jeunes, pleins d'insouciance me regardèrent d'un air interloqué, il ne comprenait pas, son corps pensait être mort mais son essence en avait décidé autrement, au fond de son ADN se trouvait quelque chose, rare, précieux mais aussi redoutable et violent : l'immortalité. Je le regardais dans les yeux et je commençais à lui parler :
- Alors tu es bien mon fils, je suis content, cela prouve que malgré ma malédiction, je peux procréer. Mais ne crois pas que ce sera facile, tu seras rejeté, souvent tu te sentiras différent, étranger à ce monde, pourtant tu devras y vivre, t'adapter à ce qui le compose. Souvent, cela te paraîtra injuste, sale, mais c'est ainsi que tu devras survivre. De père à fils, d'homme à enfant, je te transmets mon ressenti. Tu ne dois pas comprendre ce que je te dis mais tu verras plus tard, tel une pierre, tout cela viendra te frapper. J'étais à peine plus grand que toi quand cela m'est arrivé, je n'ai pas compris ce qu'il se passait de suite, mais j'ai dû m'adapter. J'ai été vénéré, j'ai été méprisé, j'ai été aimé, j'ai été détesté et rejeté. Maintenant il me faut te laisser, fils. Repose-toi, je reviendrai te voir te donner des leçons.
Je repartis, en ouvrant la porte, je découvris le prêtre derrière, il me regarda, il tenait sa croix dans les mains.
- J'ai tout entendu, je savais que vous n'étiez pas normal, je savais que quelque chose n'allait pas avec vous.
- Qu'avez-vous entendu, père ?
- J'ai compris ce que vous faisiez, j'ai compris que cet enfant était un fils du démon, votre bouche peut mentir, mais pas vos yeux. Il est revenu à la vie alors que notre Dieu l'abandonnait, cela n'est pas un phénomène normal.
- Allons, mon père, vous êtes fatigué, vous avez certainement mal entendu tout ça. Et que vous voulez-vous faire ? Je suis chevalier de la table ronde, dois-je vous le rappeler. Allons, bonne nuit, mon père, prenez soin de mon fils, si quelque accident devait lui arriver, vous pourriez vous rapprocher de votre Dieu à jamais.
Il ne dit pas un mot, je repartais en direction du château.
Le lendemain, le Roi vint me trouver dans ma chambre.
- J'ai appris pour votre fils, le père Francis est venu me voir et discuter avec moi, il a fait part de certaines... inquiétudes vous concernant, et à propos de votre fils aussi.
- Que vous a-t-il dit exactement ?
- Qu'il vous soupçonnait d'être un démon et votre fils aussi. Je vais vous avouer quelque chose maintenant, depuis notre première rencontre, je sais que vous êtes quelque peu hors-norme, votre fait d'arme était bien trop extraordinaire pour avoir été réalisé par un seul homme, je n'y ai pas cru au début, c'est pour cela que je suis venu vous voir, et j'ai réalisé que vous viviez seul depuis la mort de votre femme, dans un isolement complet. Ce que le père m'a dit n'aura pas d'influence sur moi. Le véritable problème c'est le peuple, son influence est plus importante que tout ce que je pourrais leur dire, sur l'autel du démon, il leur fera tout croire. Il va surement exiger que vous partiez et le peuple le soutiendra, je ne pourrai rien faire contre ça.
- Cela n'a pas d'importance, sire, je ne vais pas attendre, je partirai dans la nuit avec mon fils.

vendredi 4 décembre 2009

Chapitre II The way the world ends

Comme je remarque que le chapitre risque d'être excessivement long (surement le plus long que j'aurai écrit jusque là), je vous propose la première partie, il y en a aura peut-être trois, ou seulement deux, je ne sais pas trop encore, la trame est dans ma tête mais à l'écrit j'ai tendance à en tartiner trois tonnes, surtout lorsque la période historique est celle-là. Ici, notre ami immortel nous raconte sa rencontre avec Arthur Pendragon. Le chapitre s'appelle donc sobrement : Arthur (rien à voir avec les minimoys de Luc Besson donc).


Ainsi les années passèrent, je continuais à vivre de mon exploitation agricole, parfois je m'entrainais au maniement de l'épée, perpétuant ce que mon père m'avait autrefois enseigné. Les choses avaient quelque peu changé en Bretagne. Les peuples autochtones se rebellaient peu à peu contre l'Empire Romain qui lui tentait par à peu près tous les moyens de contenir l'invasion. Notamment en tentant de retrouver le fils illégitime d'Uther Pendragon, l'ancien Roi du domaine de Bretagne, afin de le placer sur le trône de Bretagne.
Comment ça, vous croyez que je suis sur le point de vous raconter la légende d'Excalibur ? Non, je vais vous raconter celle qu'il y a en dessous, la véritable, celle d'Arthur Pendragon.
La première fois que j'ai entendu parler de lui, c'est quand un druide est venu me voir sur mon lopin de terre, il venait m'informer que le fils Pendragon allait bientôt revenir sur sa terre natale et qu'il cherchait à former une armée pour débouter les armées romaines définitivement du royaume. Pour cela il voulait des gens exceptionnels, capables de se distinguer des autres par un fait d'arme extraordinaire. Et voilà comment j'en suis arrivé à rencontrer Arthur. C'est essentiellement pour ça que j'ai repris mon entrainement à l'épée, j'avais beau être immortel, si je ne savais plus me battre, cela ne servirai à rien. J'allais dans la forêt, mon père adoptif m'avait laissé une épée, certes la rouille l'avait un peu envahie, mais elle me permettait de m'entrainer. Le village possédait un forgeron, mais son incapacité à forger une lame tranchante m'avait consternée, lorsque je me déciderai à accomplir mon fait d'arme, j'irai moi-même forger une lame. Pour le moment, je combattais contre des arbres, je rééduquais mon corps à l'effort, des coups de poing dans les troncs, de la course à travers les bois, je développais mes muscles. Je me souvenais du jour où mon aura avait explosé, j'essayais de le ré exploiter sans succès, si je pouvais avoir cette force à nouveau, j'écraserai surement un campement romain à moi seul. Cela dépendait peut-être de ma volonté, cela faisait près de cinq cents ans que c'était arrivé.
Avec l'épée je tentais de couper les morceaux de bois, mais la rouille s'était tellement propagée que la lame ne pouvait même plus trancher une brindille. Je repartis vers le village, me dirigeant chez le forgeron. Celui-ci me vit entrer dans son magasin, je fonçais vers le matériel nécessaire au forgeage. Il voulut m'en empêcher mais mon regard suffit à lui faire faire demi-tour. Dans le village les gens me considéraient comme un ermite, quelqu'un de reclus, qui habitait là depuis des années, personne ne me connaissait vraiment, les anciens dires s'étaient taris, seuls mes yeux rouges inquiétaient toujours. Je passais une journée à forger la lame, je me rappelais à peu près de la forme de celle que j'utilisais petit, ce souvenir me permit d'en forger une solide, pas trop lourde et surtout suffisamment tranchante pour que les têtes tombent. Sur le pommeau j'inscrivais « Elaine », elle m'accompagnerait pendant mes batailles, à chaque fois que je serrerai l'épée, son souvenir se rappellerai à moi. Je repartis dans la forêt, cette fois, je pris un morceau de bois et le découpa sur place. Un coup de poing dans un autre laissa un trou béant au milieu. Je ressentais la force à travers les pores de ma peau, un frisson me parcourut, j'étais à nouveau enivré, l'envie du sang se réveillait. Cela n'était pas comparable à mon explosion d'aura mais cela suffisait amplement pour le moment.
« A seven nation army couldn't hold me back » comme le chantait les White Stripes.
La fièvre du meurtre parcourait mon cerveau, cette lame était faite pour moi. Certaines légendes racontent parfois que si l'on s'investit corps et âme dans le forgeage d'une arme, une partie de notre être se transmet dans cette dernière. Depuis ce jour, j'ai appris à forger des lames de toutes sortes, ce qui me serait utile plus tard, dans ma tour était disposé un nombre conséquent d'armes blanches, la plupart était mon œuvre. J'ai toujours préféré ces dernières aux armes à feu, il y a plus d'investissement, avec un pistolet, vous mettez en joue et vous faites feu, vous ne tuez pas de manière directe, vous ne vous imprégnez pas de la substance de votre ennemi, la balle fait tous les dégâts à votre place, l'intérêt est profondément réduit, non ?
Les romains ne nous avaient jamais vraiment dominé, la cohabitation était plus pacifiste que lors de mon séjour à Jérusalem. Je n'avais rien contre eux, il fallait juste prouver à Arthur que je pouvais combattre avec lui, pourquoi ? Cette vie m'ennuyait profondément, passez vous aussi quasiment trois cents ans à cultiver la terre, vous verrez si vous n'êtes pas ennuyé à la fin. Enfin votre état ne vous le permets pas. Je rêvais d'une vie plus remuante, une vie qui me fasse découvrir du pays, que je m'insère dans un groupe.
Il me fallait trouver quelque chose à faire, tuer des romains étaient à mon avis la meilleure chose à faire pour prouver ma valeur, pas juste un petit groupe mais une garnison entière. Il y en avait une pas très loin de chez moi, il me fallait juste une bonne raison pour aller les voir et les éliminer. Je pourrais m'y rendre sous prétexte de vendre des légumes, ou bien pour me plaindre des autres villageois, ou alors j'irai sans aucun prétexte, l'épée serrée et prêt à en découdre, la nuit serait le mieux. Je choisis cette dernière option. L'avantage avec les attaques éclairs c'est qu'il n'y a pas vraiment besoin de préparation, surtout quand en plus vous êtes immortel, vous êtes inattaquable. Je continuais à m'entrainer dans la forêt durant la journée, les arbres gardaient les cicatrices des coups de poing, mes courses s'intensifiaient, devenant de plus en plus longues, de moins en moins épuisantes.
Je me sentais prêt à accomplir mon fait d'arme, je pris mon épée à la tombée de la nuit et je partis. La marche était quelque peu longue jusqu'au camp romain, c'était une petite installation, les soldats n'étaient pas méchants, ils faisaient leur vie à côté de la nôtre, s'employant à nous laisser tranquille. Je crois qu'ils en avaient marre de cette vie, le climat ne leur convenait pas, ils ne comprenaient pas les tracasseries politiques à l'origine de ce stationnement, et ne voulaient pas les comprendre, ils en avaient juste marre. Je ne leur en voulais pas de stationner ici, je n'étais pas plus breton que je suis aujourd'hui américain, seulement j'avais une soif de sang insatiable, je voulais tuer, et quitte à exécuter des gens, autant que cela soit utile à quelque chose. J'aimais marcher, depuis le temps j'aurai pu détester, mais non, cela m'aidait à réfléchir, mes pensées s'agitaient grâce à la marche, aujourd'hui c'est la musique qui me fait ça.
J'arrivais au niveau du camp, mon épée à la main, il me fallait aller vite, les deux gardes à l'entrée devaient être éliminés rapidement, sans bruit. Je m'approchais d'eux, en voyant mon épée ils devinrent méfiants.
Que veux-tu, paysan ? Demanda l'un d'eux.
Je ne fais que passer. Répondis-je
Ce fut les derniers mots que je prononçais avant de le tuer, je planta l'épée dans son ventre, immédiatement je la sortis et fit volte-face afin de trancher la gorge de son camarade. Le sang commençait déjà à couler, je sentais que mes yeux rouges s'animaient dans l'obscurité, mon corps était tendu, rempli d'énergie. J'avançais dans le camp, je décidais de procéder de manière successive, à chaque tente j'éliminerai les soldats présents et me dirigerai vers la suivante, je laisserai un survivant afin que l'on sache ce qui venait d'être accompli. Je rentrais dans chacune, semant plus de sang sur mon passage à chaque fois, celle du chef était bien visible, c'était la plus grande et la plus belle, je décidais de m'en occuper immédiatement laissant la dernière tente de soldats pour la fin. Je rentrais l'intérieur, comme on pouvait s'en douter, il était seul, dormant dans son lit, je ne fis pas de manière, je m'approchais doucement de lui, soulevant le voile qui protégeait les devants et les côtés du lit, j'empoignais mon épée, inclinant la pointe de la lame vers le bas et je la plantais d'un coup sec dans son estomac, ce de manière répétée. Je ressortais, la lame était rouge de sang, il me restait encore une tente de soldats à nettoyer, je pénétrais à l'intérieur, les soldats avaient dû entendre des bruits et s'étaient alertés car ils se tenaient au pied de garde. Quand ils me virent entrer, leur regard se braqua sur mes yeux, la panique les consumait, ils ne pouvaient plus parler, ils étaient comme figés. Je me précipitais vers eux, l'épée brandi, je mis un coup au premier, sa tête vola à travers la pièce, son corps s'écroulant avec pour seul témoignage de la fin de vie, un filet de sang au niveau de la coupure. Les autres sortirent leurs épées et se mirent à m'attaquer, ils combattaient sous l'effet de la peur et de la colère, leurs coups étaient imprécis, les esquives faciles, ils étaient trop lents pour moi, je plantais ma lame dans celui qui me faisait face, en la retirant, je la retournais pour la planter dans un autre placé derrière moi. Il n'en restait que trois, donc encore deux à tuer, l'un échappa à ma vigilance et me mit un coup dans l'épaule droite, la lame se retira emportant un peu de mon sang, je répliquais en lui assenant un coup dans la gorge, la lame plantée de manière rectiligne à l'intérieur, je la retirais par le haut de façon à couper la tête en deux dans le sens de la hauteur. Le dernier sur ma liste tenta de me décapiter mais je fis une esquive suffisamment rapide pour que le coup parte dans le vide et le soldat avec, il tomba sur le sol, face contre terre. Je soulevais mon pied et lui écrasa la mâchoire d'un coup violent et direct. Désormais il n'en restais qu'un, je tenais toujours mon épée dans la main, et j'avançais vers lui, il se mit à genoux et implora ses dieux que je l'épargne.
Regarde-moi, je vais te laisser partir, mais à une condition: partout où tu passeras, tu parleras de ce qui vient de se faire ici. Tu diras que Perceval a vaincu une garnison entière de romains et que tu en as réchappé pour pouvoir raconter cela. Tu as compris?
Pour seule réponse j'eus droit à un signe de tête affirmatif. Je le lâchais et sans demander son reste, il s'enfuit. J'attendis quelques minutes avant de repartir, je venais de commettre un véritable massacre sans raison apparente, mes premiers meurtres avaient fait appel à la loi du talion, ceux-là ne faisaient appel qu'à une soif de sang et de reconnaissance. Je ne m'en formalisais pas plus que ça à l'époque, c'est surtout aujourd'hui que j'en ressens des effets.

Quelques semaines après mon fait d'arme, un jeune homme me rendit visite, il avait à peu près mon âge, il était brun, avait les cheveux court dans tous les sens, possédait une barbe très longue. Il vint vers moi, il ne dit pas ce qu'il me voulait, je l'invitais à entrer chez moi.
Vous voyagez à travers le territoire breton ? Lui demandais-je.
Oui, un voyage secret, je pense que vous voyez qui je suis, je n'ai pas besoin de me présenter. Vous savez, celui que les romains cherchent pour enfin être tranquille en Bretagne, me voilà, sauf que je n'ai pas vraiment l'intention de me soumettre aux romains, leur éducation m'a été favorable, mais j'ai bien l'intention de décréter l'indépendance de la Bretagne.
Et en quoi je peux vous être utile ?
Pardon ? Je ne suis pas censé me trouver en face de Perceval, le même qui a décimer une garnison romaine non loin d'ici.
Qu'est-ce qui vous fait croire cela ? J'ai une tête à décimer des soldats ?
Pas vraiment ça c'est sûr, quoique vos yeux rouges sont troublants. Je le sais parce qu'un soldat a fait passer ce message, et il a bien décrit vos yeux rouges, il tremblait rien qu'à leur souvenir dit-on. Vous voulez me faire croire que vous avez un jumeau avec les mêmes yeux que vous et qu'il s'appelle comme vous ?
Non, c'est bien moi qui ait décimé ces romains.
Pourquoi vous avez fait ça ? Vous voulez l'indépendance de la Bretagne, ou alors vous cherchiez juste un peu d'action ?
Je n'ai pas de réponse à vous apporter, sans doute un peu des deux. Je ne suis pas breton, en fait c'est une très longue histoire et vous croiriez surement que je suis fou. L'indépendance de la Bretagne m'intéresse mais pas au plus haut point, je n'aime pas vraiment les romains, mais là encore c'est une longue histoire, pour faire court, lors d'un voyage, des romains m'ont capturé et torturé pendant des semaines. Si je cherche à faire parti de vos compagnons, c'est surtout parce que cette vie m'ennuie au plus haut point, être fermier n'est pas vraiment exaltant.
Bien, vous en faites partie si cela vous intéresse toujours.
Et comment pouvez-vous me prouvez ce que vous venez de dire ? Vous ne deviez pas ramener une épée avec vous ?
Vous voulez parlez d'Excalibur ? Non, je ne l'ai pas encore. Il me faut aller sur l'île pour la récupérer, si je suis venu vous voir c'est aussi pour vous conviez à une réunion, l'épée se trouve encore dans son rocher, je dois aller la retirer, mais je souhaite que le peuple de Bretagne voit son Roi, après nous pourrons expulser les Romains. Je vais aller trouver vos collègues et j'espère que vous viendrez. Je vous laisse réfléchir à ma proposition et j'espère vous revoir là-bas.
Il repartit en m'adressant un dernier regard, je remarquais alors ses yeux verts, malgré l'obscurité de ma maison il brillait comme en plein soleil, on eut dit qu'il voulait me faire comprendre qu'il était sincère et sérieux. Je restais chez moi, j'étais impressionné par la franchise dont cet homme avait fait preuve, il ne faisait aucun doute de sa sincérité.

Je mis les pieds sur l'île quelques mois plus tard, un message m'était parvenu, je devais me rendre en Cornouailles pour assister au triomphe d'Arthur. Les choses étaient peu différentes du continent sur l'île, le temps y était tout aussi mauvais, les gens tout aussi accueillants. Une importante masse de personnes étaient présentes, venus de toute la Bretagne. Une immense tente se dressait sur une colline, je marchais dans sa direction. Arrivé là-bas, je vis plusieurs soldats, tout habillé dans de vieux habits de paysans, sauf un qui portait une armure et un habit blanc qui jurait parmi le gris ambiant. Ils me regardèrent de façon bizarre en voyant mes yeux, Arthur sortit à ce moment, il portait les mêmes vêtements que lorsqu'il était venu me visiter. Il les rassura en me présentant, parmi eux on trouvait Bohort, Galaad, Lancelot (habillé en armure), Gauvain, Léodagan, Yvain, Méléagant et Caradoc. Il partit vers la côte. Les autres continuèrent à me dévisager jusqu'à ce que l'un d'eux prenne la parole.
Alors vous aussi vous vous joignez à cette quête ? Me demanda Bohort
Quelle quête ? Je suis surtout venu assister à la cérémonie, si mon aide est la bienvenue je vous l'offrirai.
Comment, vous ne connaissez pas le véritable dessein d'Arthur ? Il est élu par les dieux, ils l'ont choisi pour trouver le Graal. Me répondit Bohort, empreint à la fois d'excitation et de consternement
Vous venez de quel trou pour pas connaître ça ? Demanda Léodagan
D'Armorique, je me fiche du folklore local, je ne viens pas d'ici.
Ah bien, et vous voulez voir à quoi il ressemble le folklore local ? Me rétorqua Léodagan sur un ton hautain.
Pourquoi pas après tout, si je me joins à vous je devrais surement voir de quoi il en retourne.
Suivez-nous, me lança Lancelot.
Ils m'amenèrent devant un rocher, il était jonché sur le haut d'une colline, arrivé au sommet était compliqué, on aurait dit que ce simple espace était une enclave disposant de conditions météorologiques propres. En effet un vent violent et froid y soufflait. Nous arrivâmes devant le rocher, Léodagan prit la parole:
Voilà à quoi il ressemble le folklore local, c'est beau, une épée dans un foutu rocher et aucun peigne-cul n'a été capable de l'enlever, à part l'autre débile qui se prétend roi de Bretagne.
Attendez, vous n'êtes pas censé avoir accompli un fait d'arme extraordinaire pour lui montrer votre allégeance ? Lui demandais-je.
Ah non, moi, monsieur Perceval, ma fille s'en est entichée et il m'a proposé de rejoindre son machin. Comme je voulais pas rester à l'écart, parce que normalement c'est moi le roi, enfin l'intendant mais c'est pareil, j'ai décidé de le suivre. Même si je suis toujours pas convaincu. Tiens vous avez qu'a essayer vous, vous êtes le seul à pas l'avoir fait, nous on a tous essayé, on a échoué.
Si ça peut vous faire plaisir, messire! Rétorquais-je sur un air narquois.
Je pris le manche de l'épée, à son contact une frénésie s'empara de mon corps, une sorte d'extase que je n'avais jamais connu, même avec elle. Je tentais de la bouger et là je sentis un léger mouvement.
Oups, dis-je simplement
Que se passe t-il ? Demanda Bohort.
Je crois qu'elle bouge, répondis-je.
Eh bien qu'est-ce que vous attendez enlevez-là ! S'emporta Léodagan. Les autres protestèrent
Je ne vais pas la retirer, la seule personne qui doit pouvoir le faire c'est Arthur. Nous devons laisser cela ainsi, si les gens voient qu'un autre peut enlever Excalibur, ce sera fichu. Si vous n'êtes pas d'accord allez vous faire voir, je ne la retirerai pas.
Pour qui vous vous prenez, vous êtes nouveau parmi nous et vous voulez prendre une telle décision seul ? Je ne suis pas d'accord. J'imagine ne pas être le seul dans ce cas de figure ? Demanda Léodagan.
Je suis assez d'accord avec Léodagan, nous devons prendre une décision collective, si nous commençons déjà laisser de telles décisions dans les mains d'une seule personne, cela ne sert à rien que nous rejoignions la cour d'Arthur. Proposa Yvain.
Procédons à un vote dans ce cas-là. Renchérit Bohort.
Nous procédâmes au vote, la plupart des chevaliers refusèrent que je retire l'épée du rocher, seuls Léodagan et Caradoc contestèrent la décision générale. Je retirais mes mains du pommeau et partit vers Léodagan.
Si vous voulez vous battre, allez-y, je vous attends. Me dit-il.
Je ne voudrais pas blesser le futur beau-père du Roi. Rétorquais-je.

samedi 14 novembre 2009

Chapitre I The way the world ends

Tiens pour une fois j'ai fais un effort... J'ai écris un chapitre assez vite !
Ne vous habituez pas, ça sera pas souvent.

Ad Vitam aeternam.

Ma tribu s'était faite massacrer par un autre clan, vengeance ? Envie de meurtre ? Conquête ? Je ne sais, peu importe en fait. Je me souviens clairement que du haut de mes très jeunes années, je me demandais pourquoi j'étais encore en vie alors que les autres autour de moi ne respirait plus, tout cela devait être moins clair à l'époque, mais c'est de cette manière que je le ressens aujourd'hui. Ma peau était totalement calcinée, aujourd'hui, ce serait un miracle de Dieu, pour moi c'est une malédiction, un fardeau, pas à l'époque, à ce moment, les concepts de religion, vie ou mort étaient peu clairs, mais compréhensibles, car je les voyais sous mes yeux, mais difficilement explicables. Je me suis mis à marcher, dans cette steppe immense, steppe que je n'avais explorée que de quelques kilomètres. Mon père m'avait appris à repérer les traces de cheval, à pister les bêtes, il en allait de même pour traquer les ennemis – oui, le mal était déjà ancré dans mon esprit, ceux qui avaient tués ma famille = ennemis – alors je les ai traqués, durant des jours entiers, voyant peu à peu ma peau se reconstruire. Je continuais à chasser les bêtes, me nourrissant, car la faim se faisait sentir malgré tout, je ne pouvais mourir dans un incendie mais je pouvais - peut-être – mourir de faim ou de soif. Au bout de quelques jours, je parvenais à les trouver, ils campaient, la bande était réunie autour d'un feu, j'attendais qu'ils aillent dormir. L'attente fût interminable, un feu bouillonnait en moi, presque incontrôlable. J'attendais, caché dans l'obscurité, voyant ces tueurs se repaître de leur massacre. Dégoûté, je ne pouvais cependant pas céder à mes pulsions, pas aussi tôt, il fallait être patient, la patience était le seul moyen pour moi d'accéder à l'extase de leur meurtre.
Prudence est mère de sureté, patience est mère de jouissance.
Alors je patienta, attendant dans l'ombre, attendant mon heure, eux savourant leurs derniers instants sans même le savoir. Je les observais pendant des heures, et au bout de quelques heures, ils se couchèrent, à même le sol, c'était le moment que choisis pour attaquer, je n'avais pas d'arme, seulement ma volonté, ma force et mon apparenté invincibilité, apparente, car à l'époque, je n'étais pas tout à fait sûre de pouvoir compter sur un deuxième coup du sort, pourtant je me lançais. Ils ne virent rien venir, je me lançais sur le premier et l'étouffais, comme me l'avait dit mon père, ma force était prodigieuse, il mourut en silence, sans que les autres ne réagissent. Je fouilla son corps pour récupérer un couteau ou quelque chose de semblable. J'en trouva un, accroché à son pantalon. Je poignardais ses semblables, en silence, pour ne pas éveiller l'attention. Chaque goûte de sang versée provoquait en moi une extase folle, la vengeance était tellement enivrant, à ce moment, ce fût la première fois que je ressentis une telle sensation. Des frissons me parcouraient tout le corps, l'envie de plus. A cette époque déjà, je m'enivrais de ce que je détesterai plus tard. J'étais heureux, comme jamais. Quand ce fût fini, j'en voulais encore, plus, toujours plus, l'humain veut toujours plus, l'immortel aussi.
Je restais assis durant quelques minutes, ou heures, je ne sais plus, à vrai dire, à ce moment-là, je n'avais pas la notion du temps, j'étais trop jeune. Je remarquais du sang sur ma chair encore brulée, il fallait que je trouve un point d'eau, je devais me nettoyer, j'allais voyager dans l'inconnu. Je me remis alors à marcher. Cela dura pendant des jours, voyageant au gré des étoiles comme mon père me l'avait montré. Dans cette immensité remplie de néant, je ne trouva aucun point d'eau, juste le vide.
Pourtant, un jour, j'aperçus un feu dans le ciel. Je m'approcha de ce point et alors je vis une tribu. Eux aussi me virent, au début ils me prirent pour un démon, ma peau était toujours brûlé, les blessures mettaient toujours du temps à guérir, surtout les plus profondes. Ils s'avancèrent, leurs lances à la main, pointée vers moi, mais une femme vint s'interposer, leur criant des choses que je ne pourrais répéter aujourd'hui, puis elle arriva devant moi, me parlant, je me souviens que ces choses étaient dites avec une voix agréable, sans une once de méchanceté, mais je ne sais ce qu'elle me disait. Alors ils m'accueillirent dans leur tribu, ils m'offrirent des vivres, ils aidèrent mes blessures à cicatriser.
Ainsi le temps passa, leurs générations succombant sous mon regard. Ils m'avaient offert un foyer, je ne pouvais leur donner qu'un triste spectacle de mort. Ainsi les décennies passaient, mon apparence se modifiant peu, les rides apparaissant sur les visages de ceux que j'avais vu naître. Ceux que j'avais connu s'en allaient de l'autre côté, pour découvrir le bout de ce tunnel blanc qui m'était inaccessible, et je restais seul, avec mon remord pour seul réconfort.
Deux cents ans s'écoulèrent, le dernier membre de la tribu s'était éteint, je me décidais à partir, mais auparavant je fis brûler le village, ne laissant aucune trace de ce qu'aucun aurait pu appelé mon existence.
Je me mis à marcher, comme deux cents ans auparavant, en direction de l'Ouest, région que je connaissais pas et que je fantasmais. Durant des mois, je me promenais à travers des zones désertes, isolées, croisant parfois des gens, qui m'offraient quelques fois des vivres pour ma survie. Le mythe de ce Jésus avait dû passer par là. Au bout d'un temps in quantifiable, j'arrivais face à une armée de murs. De loin, je les avais déjà aperçu mais je ne savais à quoi m'en tenir. En arrivant face à eux, j'eus une sensation étrange, mélange entre surprise et inquiétude, je n'étais pourtant pas au bout de mes surprises...
Jérusalem, ville où tous vont et viennent à travers les âges, moi, compris.
Son aspect extérieur était superbe, un mélange de force et de respect se dégageait, je restais là, à contempler, pendant des dizaines de minutes, sans même remarquer que d'autres personnes se pressaient autour de moi, me regardant surement comme un fou. Moi qui pensais ne trouver que de grandes régions désertes comme celles où j'avais grandit, je me retrouvais face à un immense ensemble de pierres qui me saisissaient au plus profond de mon être. Lorsque je repris enfin mes esprits, j'aperçus le monde autour de moi, les étals des marchands, les clients, les passants, tous situés à l'extérieur de cette immense ville. Chacun vaquait à ses occupations, en baragouinant une langue qui m'était incompréhensible. Des gardes stationnaient à l'entrée de la ville, leurs armes à la main, empêchant les intrus d'entrer. A cette époque, les Romains contrôlaient la ville, ils dominaient les Juifs, avaient crucifié le prophète, cela m'était bien entendu inconnu, j'ai entendu parler de ce Jésus Christ pour la première fois à cette époque et on m'a pris pour un fou lorsque j'ai dit que je ne voyais pas qui il était.
Vous devez penser qu'avec mes deux cents ans passés sur Terre, j'avais déjà développé un certain esprit, détrompez-vous, j'étais comme tout le monde, non, en fait, j'étais pire, je venais du fin fond de la steppe, je ne connaissais rien à la vie, j'étais comme un enfant, curieux, l'esprit attentif. Mon apparence physique était celle d'un adolescent, je passais quasi inaperçu dans cette mêlée. Je tentais alors de pénétrer dans cette cité, à mon tour. Je m'approchais alors de la grande entrée, mon capuchon rabattu, j'avançais, calmement, sans aucune précipitation, et pourtant l'un des gardes s'approcha de moi, me pris par le col de ma veste et me renversa par terre en criant des choses incompréhensibles. Je repartis, sans demander mon reste. Je me replaçais face à la muraille, la scrutant, cherchant des aspérités pour pouvoir l'escalader dans la nuit. Je n'avais pas encore pratiqué d'escalade, j'allais essayer pour la première fois, en m'introduisant de force dans une ville.
Il me fallut bien des essais avant d'y parvenir. Au premier, j'atteignis péniblement le premier quart avant de tomber lamentablement, deuxième essai, j'atteins la moitié et chute. Puis les trois-quarts, puis le quart, la moitié,... J'arrivais enfin au haut de la muraille, je restais suspendu en entendant les bruits de pas des gardes, attendant leur passage. Je grimpais, j'apercevais les gardes, marchant calmement, sans demander mon reste, je descendais de suite dans la rue. Je me mis à parcourir les rues, chacune semblait rempli de fantômes. A travers ma vie, j'ai toujours eu cette impression, marcher avec une armée de fantômes, comme si mon état me donnait cette faculté, mais cela pourrait tout aussi bien être un tour de mon esprit, las des morts et de cette vie. En marchant dans cette ville, je me sentais mal, cette ville sentait mauvais, la violence transpirait. La surprise de la découverte passée, j'avais déjà envie de partir, je décidais malgré tout de rester pour la nuit, allant dormir dans une ruelle.
Le matin, je fus réveiller par des coups de pieds et un langage inconnu mais dont je parvenais sans trop de peine à décrypter le sens, cela ressemblait à peu près à ça :
Tu as cru pouvoir dormir dans la rue, sac de merde !
Les insultes continuaient à fuser en même temps que les coups, ils me levèrent au bout d'un certain temps, je voyais à peine mais je pus apercevoir le sang qui coulait de ma bouche, de même que son goût, je n'avais jamais été aussi proche de la douleur, mais pourtant je ne sentais rien. J'étais vide. Je me fis trainer pendant des kilomètres, au bout d'un moment, ils me laissèrent tomber tel une loque, je les entendais parler aux gens alentours sans comprendre un traître mot. Ils revinrent vers moi et me soulevèrent à nouveau, ils m'attachèrent à un pilori et repartirent.
Les gens passaient et me regardaient, sans remarquer mes yeux rouges, le regard tantôt inquisiteur, tantôt indifférent, surement trop habitué à ce genre de spectacle. Les plus jeunes me jetaient des légumes, des fruits qu'ils avaient surement chiper sur un étal proche. Et parfois une patrouille venait me voir et me mettre des coups. Lorsque le jour tombait, les choses changeaient, mes vêtements m'avaient été violemment enlevé lors de la rafle, je restais à greloter dans le froid.
Le lendemain, les choses empirèrent, un homme s'approcha de moi, habillé dans un uniforme de soldat romain. Il prit mon menton entre ses doigts et souleva ma tête, son sang parut ne faire qu'un tour lorsqu'il vit mes yeux rouges, il lâcha immédiatement prise et commença à reculer, il se retourna et repartit d'où il était venu. Le même cirque recommença, les gens passaient, me jetaient parfois des choses sur la figure. Mais vers le midi, une patrouille arriva, je reconnus le romain parmi elle, elle me décrocha du pilori, je tombais comme une loque par terre, mes jambes ne me portaient plus, ils me soulevèrent et m'emportèrent, je regardais vers le sol, ne voulant pas me faire dévisager. Ils me transportèrent dans un immense bâtiment, j'atterris devant un bureau où siégeait un autre soldat, il commença à me parler dans une langue inconnue, lorsqu'il eut fini, il attendu un peu puis fit signe au soldat qui était resté à côté de moi, celui-ci vint se placer face à moi puis me mit une gifle, le chef recommença à parler et le rituel se poursuivit, inlassablement, cela me parut durer une éternité, je sentais le sang qui coulait dans ma bouche et qui se déversait par terre à force de crachas et de coût dans la tronche. A la fin de la journée, ils m'emportèrent et me mirent dans une geôle, il y avait d'autres personnes, leurs corps ressemblaient à un amas d'os avec un simple filet de peau pour recouvrir. Je ne savais pas exactement si je pouvais mourir de faim ou de soif, je ne voulais pas vraiment le savoir non plus. Un garde arriva et jeta une gamelle rempli d'une quelconque substance soit-disant nourrissante. Je me jetais dessus, les autres ne bougeaient plus, ils semblaient morts, je regardais les murs autour de moi, ils étaient pleins de traces de sang, de morceaux de peau, et d'ongles qui se mêlaient à la pierre. J'avais l'impression de me retrouver comme il y a deux cents ans, faible, sans protection, ma curiosité m'avait conduit dans cet enfer et je ne savais pas comment en sortir, ma résistance ne m'aiderait qu'à encaisser les coups, il ne pouvait me tuer par leur force physique, peut-être le pouvait-il à force de torture psychologique ? Je passais la nuit au milieu de cette horreur, le sang me collait à la peau, les cicatrices que j'avais se cicatrisaient d'elles-mêmes, ils auraient certainement une surprise le lendemain quand il verrait que leurs coups n'avaient pas laissé de marques. Je ne parvenais pas à dormir, je sentais l'ensemble de mon corps se reconstruire, les sensations étaient inconfortables, pas douloureuses, la douleur m'était inconnue. J'attendis qu'on vienne me chercher, voyant à travers la petite ouverture dans le mur la blancheur de la Lune percée.

Je les entendis arriver de loin, leurs armures étaient tellement lourdes qu'on aurait dit un éléphant se déplaçant. Ils étaient deux, ils ouvrirent la cellule et vinrent vers moi, je les regardais de mes yeux rouges, je pouvais distinguer la peur dans leur regard, ils ne savaient pas ce que j'étais, sans doute me prenait-il pour un démon. Ils me soulevèrent, je sentais à nouveau mes jambes, si j'avais voulu, j'aurais pu me battre contre eux, mais je voulais les laisser dans la confiance. Je sortirai quand ils auraient décider que ça ne servait à rien de me frapper, je pouvais battre deux soldats, pas une garnison, surtout que si les brûlures me faisaient tomber dans le coma, les coups mortels d'épée devaient aussi le faire.
Je n'ai d'ailleurs jamais réellement compris comment je pouvais survivre à mes blessures, l'hypothèse la plus probable est que lorsque la blessure devenait trop importante, mon cerveau me faisait tomber dans le coma pour pouvoir gérer l'importance des dégâts, cela est complètement fou mais aucun médecin ne s'est jamais pencher sur mon cas n'en ayant jamais eu l'utilité.
Je retournais devant leur chef, il continua à me parler dans sa langue, et l'autre continuait à me frapper ne sachant pas quoi répondre. J'avançais de cercle en cercle chaque jour, tout se répétait inlassablement, excepté qu'ils devaient être plus énervé que moi. Chaque nuit je guérissais, j'étais donc en pleine forme le matin pour me reprendre des coups, je ne suis pas sûr que mon bourreau et ses mains étaient du même avis, chaque jour je les voyais de plus en plus contusionnées. A un moment ou un autre ils comprendraient l'inutilité de leurs actions, de toute manière ils n'avaient pas le choix, je ne pouvais pas mourir, le peu de nourriture et d'eau que j'ingurgitais le soir suffisaient à ma survie, je n'ai jamais été quelqu'un de difficile, juste quelqu'un de compliqué, eux par contre mourraient forcément à un moment donné. Alors je laissais les coups venir et me retomber dessus, pourquoi ne frappait-il que mon visage, il m'aurait fait plus mal en frappant dans l'estomac, je ne pouvais pas comprendre ce que son chef disait, il ne servait à rien de me ménager, c'est d'ailleurs, si mes souvenirs sont bons la seule fois où j'ai parlé, les coups n'ont pas cessé pour autant, le soldat a terminé sa session de claques et autres coups de poings.
Le lendemain les soldats vinrent me chercher dans ma cellule, cela devait faire deux, trois semaines que j'étais dans cette prison, ils m'emmenèrent mais ne me firent pas monter tout en haut, au contraire je sortis, ils me jetèrent à l'extérieur et me laissèrent là. Je me relevais aussitôt, faisant la stupeur des gens alentour qui, en voyant mes yeux rouges commencèrent à paniquer, je décidais qu'il ne servait à rien de rester dans la ville, je passais près des étals, chipant des fruits, et légumes au passage, tout en me frayant un chemin jusqu'à l'extérieur, l'avantage des villes fortifiées et d'ailleurs celui des villes actuelles est que pour sortir il suffit de repérer les murailles et de se diriger vers elles, la sortie s'y trouvant toujours. Je recommença alors ce que je savais le mieux faire, marcher, toujours plus loin vers l'inconnu. Je me souviens que j'ai longé la côté en remontant vers le Nord, j'arrivais ainsi à la ville qui était autrefois appelé Acre, ville portuaire, je me faufilais à travers les rues de cette ville, mais n'ayant plus confiance je partis me cacher dans le premier bateau que je vis.
Le voyage fut long et rude, je découvris que je supportais très mal la mer – c'est une des raisons pour lesquels je n'ai jamais appris à nager – et je débarqua en actuelle France, dans la région Bretonne, qui était sous contrôle romain. Dès mes premiers pas, je me sentais bien, en symbiose, j'avais l'envie de rester, malgré ma première et mauvaise expérience auprès des romains. Je me mêla alors à la population, devenant un quasi-breton, apprenant la langue au fil des discussions que je pouvais entendre, tachant de parler comme eux. Ma compréhension des langues et des diverses cultures m'avaient toujours impressionné, cela devait dater de cette époque, où j'ai découvert l'importance du savoir. Malgré mon âge, je passais pour un jeune gosse de quinze ans, j'errais dans les villages, cherchant à manger, mais ici il n'y avait pas d'étal, seulement des maisons, un jour deux adultes me virent errer au pied de leur porte, ils s'approchèrent et me parlèrent, je comprenais des brides mais ne put leur répondre, l'homme me prit avec lui et m'emmena dans leur maison, là-bas je pus manger à ma guise, ils m'offrirent un logis, je devins leur fils en quelque sorte. Pendant toutes les années de leur vie, je les vis vieillir, eux non. A leur mort, je repris leur maison, la gardant pour moi, je continuais l'exploitation agricole. Je rencontrais à cette époque la femme qui fut la seule avec qui je vécus et dont je tomba amoureux, elle se nommait Elaine, son souvenir me revient souvent, j'ai parfois l'impression de la revoir au détour d'une rue ou d'une personne, seulement elles ne seront jamais comme elle. Son caractère et sa beauté m'avait fait forte impression dès le premier jour où nous nous étions vu, c'était lors d'un repas organisé au village, j'étais considéré comme un démon à cause de mes yeux rouges, certains me tenaient à l'écart, ceux qui avaient connus mes parents adoptifs faisant colporter les rumeurs les plus folles, je préférais ne rien dire, mon travail agricole étant suffisamment apprécié par l'ensemble des gens pour garantir ma sécurité. Je la rencontrais ce soir là, je dus apprendre à l'apprivoiser. Elle était telle une sauce piquante, elle pouvait vous monter au nez, et pourtant vous retourniez vers elle parce que quelque part c'était son charme. Elle vint vivre avec moi, nous furent mari et femme, mais je posais une condition ferme au début de notre aventure, jamais elle ne tomberait enceinte de moi, je tenta de lui expliquer pourquoi mais les mots ne vinrent qu'au moment de sa mort. Elle mourut de vieillesse, sur son lit de mort je lui avoua pourquoi jamais elle ne m'avait vu vieillir, jamais elle ne n'avait fait de remarque, mes yeux rouges la faisaient rire, elle se mit à rigoler lorsque je lui expliqua, puis voyant mes larmes, se mit à réfléchir et elle comprit. Elle décéda quelques jours plus tard, elle fut l'une des seules personnes à connaître mon secret, je fis brûler son corps, ses cendres m'accompagnent aujourd'hui encore.
Certaines choses sont vouées à finir mal.
J'ai dès lors considéré mon immortalité comme un fardeau, j'éprouvais une fascination malsaine pour la mortalité - surement une des raisons pour lesquels j'aimais la guerre – j'enviais les hommes d'être mortels, j'aurais voulu mourir ce jour-là, ce que je tenta de faire avec ce que je trouvais.
Certaines choses sont vouées à l'échec.
Je me résignais et continuais à vivre, pour elle, perpétuant son souvenir.