samedi 17 mai 2008

Unknow : Chapitre III

La pluie tombait à grosses gouttes cette nuit-là, les voitures circulaient sur les autoroutes dans un état d'urgence frénétique et terrifiant. Les ambulances ne cessaient de faire entendre leur sirène. A l'extérieur de l'hôpital, on avait déjà apporté un brancard pour pouvoir amené le malade dans la chambre d'opération en tout sécurité, il était tombé du toit, une chute de plus de huit mètres, et il était retombé sur le toit d'une voiture, son poids avait fait explosé les vitres, il y avait plein de fragments par terre, du sang dégoulinait le long de la carcasse. Il avait la tête incliné à quatre-vingt-dix degrés vers la gauche comme si il regardait les gens autour de lui sauf que ces yeux était fermés.

Les gens disent souvent qu'on voit toute sa vie défilé lorsqu'on est sur le point de mourir, eh bien pas vraiment. Tout ce qu'il voyait dans sa tête, c'était sa soeur en train de danser dans une rue déserte, tout était blanc, encore plus blanc que dans un hôpital psychiatrique. Et puis il voyait son père arrivé emmenant sa soeur et puis sa mère apparaissait et le gifflait. Pour une fois les gifles avaient été utiles, il sentait la pluie lui tomber dessus, il ouvrit les yeux et vit des gens, ils avaient l'air effrayés. Il essaya de se lever mais il eut du mal, il glissa et tomba par terre, sur des morceaux de verre. Un gros morceau devait s'être enfoncé dans son bras gauche car il ressentait une vive douleur au niveau de son épaule, il avait mal à la tête, en même temps se payer une chute de huit mètres et se relever indemne après, il faudrait s'appeler Superman pour y parvenir. Il se releva tant bien que mal, tout était flou autour de lui, les gens avaient peur de s'approcher mais voulaient en même temps l'aider, un médecin s'approcha mais Ask recula, il ne savait pas quoi faire, il avait loupé son suicide, les Moires voulaient joué. Parfait, les jeux de cons étaient ses favoris. Aucune règle, aucun engagement, aucune contrainte, il allait joué avec le destin et non plus le contraire. Il continuait de reculer, le médecin continuait de se rapprocher. Il aurait bien voulu courir mais sa jambe lui faisait un mal de chien, il arracha le morceau de verre planté dans son épaule et le dirigea vers le docteur. Il continua ainsi jusqu'à apercevoir une ambulance, l'infirmier venait juste d'en sortir et se dirigeait vers l'arrière pour sortir un brancard, il se retourna lorsque Ask l'interpella, il lui demanda où se trouvait les clés, il lui répondit qu'elles étaient encore sur le contact. Il grimpa à l'intérieur, enclencha la marche arrière, recula un peu, puis ré-enclencha la première et se dirigea vers la sortie, sa jambe lui faisait mal mais il fallait qu'il trouve un abri pour la nuit pour se requinquer. L'appartement de sa soeur serait vide pour un petit moment, elle devait avoir des médicaments et des bandages chez elle.

Ce qu'il y a de pratique dans les appartements à faibles loyers, c'est qu'il n'y a pas de code sur la porte. C'est un avantage certain, surtout quand on veut pénétrer dans l'appartement de sa soeur qui est morte. Il avait cessé de penser à sa mort pour se concentrer sur ce qui lui était arrivé, le destin était un fils de pute et il fallait malgré tout se plier à ce qu'il vous faisait subir, c'était con mais c'était comme ça! Il ne connaissait rien de son destin mais il allait faire ce qu'il pensait être bon même si c'était déjà écrit, rien à foutre. Il se dirigea vers la salle de bain, alluma la lumière et s'arrêta net, le reflet dans le miroir semblait tout droit sorti d'un film d'action type Die Hard, il avait des plaies partout sur le visage, des éclats de verre incrustés dans la lèvre inférieure, sur la joue droite une grosse balafre qu'Al Pacino ne renierait pas, seules les grosses cernes sous ses yeux bleus lui rappelait ce qu'il était réellement, un chien errant dans le monde, désormais il ressemblait à un clochard après une grosse rixe de bar, pas étonnant que les personnes aient eu peur tout à l'heure. Son bras gauche pissait le sang depuis qu'il avait retiré le morceau de verre, il ouvrit l'armoire à pharmacie et prit les bandages, les anti-douleurs et l'alcool à 90 degrés. Il avala une poignée d'analgésiques, il se serait cru dans House MD. Le destin était vraiment ironique. Il se déshabilla et alla dans la douche, il mit l'eau en route, elle commença à couler le long de son corps, elle était froide mais ce n'était pas grave, ça allait devenir plus chaud dans quelques secondes, elle fonçait droit dans les égouts à travers le réseau de canalisation, l'eau n'existait seulement que quelques secondes. Elle n'était là que pour permettre à l'humain de survivre, humain que la remerciait jamais en la gaspillant toujours plus sans se soucier des autres, ça avait été ainsi durant une éternité puis lorsque des milliers de petits Africains avaient commencé à mourir, le gouvernement américain avait décidé de réduire ses consommations d'eau de plus de cinquante pour-cent, en trois ans, les américains avaient réduits de trente pour cent, bien mais insuffisant, les Africains de Somalie, du Darfour, et d'autres petits pays dont personne ne se souciait vraiment mouraient de plus en plus vite, pour eux le manque d'eau était une question vitale mais pour l'ONU, le pétrole était la seule véritable source de progrès. Ask se demandait souvent comment les ONG faisaient pour les aider, selon lui, elles étaient stupide de vouloir agir de manière pacifiste à chaque fois, lorsque le pacifisme ne marche plus, c'est à dire après quinze, vingt ans de lutte pacifique acharnée, il fallait se réveiller et essayer de nouvelle méthodes, faire du terrorisme pour faire bouger les consciences pas comme ses imbéciles qui s'étaient faits pétés il y a un siècle dans des tours pour réclamer la fin de l'impérialisme américain, non, ça c'était de la connerie, il ne faut jamais mêler les innocents -même si tout le monde ne l'est pas- aux affaires du monde, il faut agir en adulte et être responsable, se salir les mains, poser des bombes à des endroits stratégiques où le public n'a jamais accès comme un bureau politique.

Ask avait fini de se poser les bandages et avait aussi terminé la boîte d'antalgiques, connerie, y en a jamais assez, putain de capitalistes. Il ressortit de la salle de bain et se dirigea vers la salle à manger, l'heure filait sans jamais savoir quelle heure il était réellement, c'était comme ça l'hiver en Norvège, un hiver incroyablement chaud d'ailleurs et sans neige. C'était bien la première fois qu'il voyait ça, les dieux déconnaient à plein tube depuis des siècles mais là c'était le pompon, on arrivait à sortir en pull sans problême. Il rentra dans la pièce et vit des papiers par terre, il les ramassa et tomba par hasard sur une feuille de démission adressée à sa soeur et venant de l'entreprise où elle était et une autre lettre écrit en rouge, il la lu et un sentiment de haine irrépressible s'empara de lui, cet enfoiré qu'il n'avait jamais pu souffrir, Jan lui adressait une lettre dans laquelle il disait qu'il la quittait, connard! Ces deux problèmes conjugués avaient conduit sa soeur au suicide, c'était l'heure de payer la facture.

Enfin Ask venait de trouver un sens à sa vie.

Il connaissait l'adresse de l'ex-copain de sa soeur mais il ne pouvait pas le faire tout de suite, il fallait qu'il se repose, son corps ne supporterait pas une activité physique et il ne pouvait bouger son bras gauche. Il se coucha dans le lit, le réveil indiquait quatorze heures. Il souffrait encore d'insomnie, il dormait quinze minutes puis se réveillait, les heures défilaient et il ne pouvait pas se reposer. Son bras et ses jambes le lançaient et il n'avait plus d'analgésiques, il fallait qu'il en trouve et pas seulement une boîte. Il se leva, prit les clés de l'ambulance et parti. Il démarra, sa jambe le lançait toujours et plus violemment maintenant qu'il conduisait, il n'avait pas beaucoup de chemin à parcourir et bientôt il n'aurait plus mal.

Il arriva devant le complexe d'appartements, il faudrait qu'il se trouve une autre voiture, une ambulance n'était pas vraiment ce que l'on peut appeler une voiture discrète. Il sonna à l'entrée, à travers le visio-interphone, il vit sa tête, une tête qu'il ne pouvait supporter, ses yeux qu'il avait modifié génétiquement étaient semblables à ceux d'un reptile, de ceux qu'on a envie de tuer, son visage entier ressemblait à celui d'un serpent, il avait le crâne rasé, son nez avait été refait par chirurgie pour être le plus écrasé possible. Un vrai serpent vicieux et moche. Il laissa monter Ask, il devait se demander ce qu'il venait faire chez lui, en plus il était con. Il prit l'escalier pour bien préparer le meurtre, c'était sans doute une méthode un peu extrême mais il était quand même responsable de la mort de sa soeur. La meilleure méthode était sans doute au couteau, pas trop de traces, il ne pourrait pas crier. Il sonna à la porte, ce crétin vint lui ouvrir tout de suite, il n'avait pas idée de ce qui l'attendait. -Qu'est-ce que tu t'es fais au visage? -Rien, c'est pas tes oignons et c'est pas grave, t'aurais quelque chose à manger? -Ouais, bien sûr, une pomme ça te va? -Parfait, t'as un couteau pour que je puisse l'éplucher? -Ouais, je t'amène ça, installe-toi au mini-bar. Il ramena la pomme et le couteau, Ask étais assis sur un tabouret, Il devait faire attention à ce qu'il faisait, ne pas laisser trop de traces, voire ne pas en laisser du tout. Il se mis en face de lui, ses yeux de reptiles semblaient pénétrer dans l'esprit pour découvrir les secrets les mieux gardés. Il commençait à croquer dans la pomme, ça faisais longtemps qu'il n'en avait pas manger une, au moins aussi longtemps qu'il n'avait pas vécu. Jan ne parlait pas et Ask non plus, les deux se fixait tels deux félins prêt à se battre, seulement un seul savait ce qui allait se passer. -Je peux avoir de l'eau? -Ouais. Pourquoi t'es venu ici? Je vois plus ta soeur si ça peux te rassurer. -Apporte-moi de l'eau et je te dirais ce que je veux. Il leva son cul du rebord du canapé où il s'était posé, il se retourna, maintenant le champ était dégagé, il lui restait dix secondes à vivre. 10, Ask se leva, 09, il prit Jan au niveau du cou, 08, il tenta de se débattre, 07, Ask lui mit un coup dans le genou, 06, il tomba à genoux, 05, Ask cherchait avec la pointe du couteau le cervelet, le point névralgique de tout être humain, 04, il tentait de se débattre, 03, Ask serra plus fort, soit il mourrait intoxiqué, soit ce serait par le couteau, 02, la pointe du couteau s'enfonça dans la peau, des gouttelettes de sang giclaient, 01, Ask desserra son étreinte mortelle, le corps de Jan tomba sur le sol, 00, il était mort.

-J'espère que t'as des analgésiques mon con, je voudrais pas m'être fait chier pour rien! Ask s'impressionnait de la vitesse à laquelle il avait réussi à le tuer, pendant dix secondes, toutes ses douleurs avaient disparus, il était dans un état de concentration extrême. Le pouvoir de tuer était inscrit dans les gènes des êtres humains, il n'avait jamais ressenti le besoin de tuer mais là, il fallait qu'il tue cet enfant de salaud. Mais pour le moment il devait trouver des anti-douleurs, sa douleur dans l'épaule était revenue et plus forte qu'avant. Il alla dans la salle de bains, ouvrit l'armoire à pharmacie et prit une boîte. -Une, c'est tout, je croyais que t'étais junkie et que tu te procurais tout le temps des analgésiques à l'hôpital. Où est ta planque? Il fouilla dans l'appartement et finit par trouver une pleine réserve de petites pilules dans une boîte de bombons. -Drôle de marshamallows mais merci quand même, je te les emprunte vu ton état tu devrais pas en avoir trop besoin. Au moment de partir, Ask remarqua quelque chose qui le fit sourire et en même temps qui lui fit peine. Il vit un katana en haut d'une armoire, fièrement exposé à la vue de tout le monde, posé sur son socle. Comment un tel abruti pouvait-il garder une telle arme chez lui? C'était tout bonnement inimaginable, il ne devait même pas savoir à quoi ça servait. Il le pris avec lui et avec un chiffon effaça les traces, il fallait cependant couper la tête de Jan, ses empreintes de doigt étaient dessus, il ne fallait surtout pas qu'on le retrouve. Il sortit le katana de son fourreau et trancha net au niveau du cou, une grosse giclée de sang éclaboussa le sol lorsqu'il arracha la tête. Il essuya la lame, mit la tête dans un sac et sortit. Dans une semaine, la puanteur attirerai les voisins et ils appelleront les flics, à ce moment-là tout serai déjà réglé, du moins tel que Ask l'imaginait.

Aucun commentaire: