jeudi 24 juillet 2008

Unknow : Chapitre IX

Chapitre IX : Cause et effet.

Ses cheveux blonds se frottaient contre son visage, ils étaient là, allongés sur l'herbe, ne faisant rien, laissant le temps s'écouler. Ils s'embrassaient. Le vent venait quelques fois les rafraîchir, l'été était chaud. Depuis lors les choses n'avaient plus été les mêmes pour lui ou pour elle. Cela faisait longtemps, il y a une quinzaine d'années, assez peu finalement dans la vie d'un homme normal surtout à l'heure actuelle où l'espérance de vie allait au delà des cent quinze ans pour les hommes et les femmes. Il avait suffit qu'il en parle et qu'il dorme ensuite pour que cela lui revienne tel un boomerang, il avait occulter tout cela inconsciemment pourtant il en avait toujours voulu à ses parents. Elle s'appelait Ashe, il l'avait rencontrée lors d'une soirée, le genre de soirée où Luw l'avait forcé à venir sous prétexte qu'il pourrait se sortir un peu au lieu de rester devant son ordinateur à regarder des vieux films et à jouer à des vieux jeux oubliés de la mémoire collective mais conservés par les geeks comme lui. Et pourtant à cette soirée il l'avait rencontrée rayonnante tel un soleil perdu au milieu d'une nébuleuse et illuminant de sa lumière les environs pour se diriger, sa lumière l'avait guidée tel le phare d' Alexandrie guidant les marins dans la nuit noire. Dès qu'il l'avait vue, il avait reçue une décharge électrique, un pincement au coeur, il n'avait pas compris ce que c'était immédiatement. Puis il l'avait revu, le temps de comprendre qu'il était tomber amoureux, il n'osait plus lui parler, juste quelques sourires et puis il était retourné à une fête, elle aussi était présente, il avait commencé à boire, boire jusqu'à en être saoul, il avait découvert à cette occasion qu'il ne tenait pas l'alcool. Luw lui avait tout raconter et elle ne s'était pas privé pour lui rappeler l'état pitoyable dans lequel il l'avait draguée, il était complètement bourré, il s'était approché d'elle et avait tenté d'aligner des bouts de phrases, personne n'avait compris ce qu'il disait mais elle avait perçue quelques mots comme belle, sortir, toi, aime. Elle n'avait pas eu trop de mal à comprendre ce qu'il voulait mais au vu de son état elle l'avait renvoyé dans ses vingt-quatre. Puis le lendemain elle était revenu chez lui, il ne se souvenait de rien, il avait fortement mal au crâne et aucun souvenir de la soirée aussi fût-il surpris lorsqu'il la vu devant chez lui. Ils discutèrent et ainsi commencèrent une magnifique aventure de trois mois, de ce qu'il se rappelait, Ask n'avait jamais été aussi heureux, lorsqu'il avait repensé à elle il avait eu un flash lumineux, c'était ce qu'elle était une lumière dans son monde rempli de technologies et de rien d'autre, un tunnel dans lequel il s'était enfermé et dans lequel ses parents se plaisaient à le voir évolué. Là encore, il se souvient avoir toujours détesté ses parents, avant le drame il ne se souvient pas pourquoi, peut-être leur façon d'agir comme si ils n'avaient jamais voulu de lui, après il avait tout plaqué, il les avaient envoyé chier et il ne leur avait plus donné de nouvelles, il n'écrivait qu'à sa petite soeur, la seule autre femme qu'il ait aimé et qui le comprenait mais elle aussi avait disparu, elle était morte.
Ses parents lui avaient vite fait comprendre qu'ils ne voulaient pas qu'une fille vienne perturber l'équilibre asocial de leur fils, déjà qu'ils supportaient mal le fait qu'il fréquente Luw alors le voir sortir avec une fille était une catastrophe. Mais lui ne voulait rien faire, il ne voulait pas rompre, il se sentait bien avec elle, il se sentait complet, en vie et non plus mort comme avant devant cet écran, piratant des comptes en banques, jouant à des jeux japonais qui ne sortiraient jamais, regardant des films devenus trop vieux pour être vu par les gens de l'époque, tout cela ne signifiait plus rien pour lui, enfin si, du vent. Et un jour, il avait eu le malheur de ramener Ashe chez lui, il voulait défier ses parents, une connerie d'adolescent, celle de trop, celle qui avait définitivement scellé son destin voué à être merdique et maudit. Il l'avait laissé seule pendant peu de temps, suffisamment pour que ses parents pourrissent son existence, il ne savait pas ce qu'ils lui avaient dit mais cela devait être assez horrible pour qu'elle fuit et veuille se suicider. Ask s'était engueulé avec ses parents quand il avait su, il n'avait que quatorze ans mais cela était suffisant pour qu'il parte, il s'était enfui, il avait juste pris le minimum et avait couru, loin, d'eux, de sa ville, de la civilisation en fait, il s'était auto-exclu, revenu au point de départ mais pas de la même manière.
Aujourd'hui peu de choses avaient changé, il avançait toujours dans l'obscurité ne sachant pas ce qu'il faisait, il se contentait de suivre, de subir ce que les Moires avaient prévu que ce soit bon ou non, il devait assumer, il devait. Désormais il avait un projet et il allait bientôt pouvoir le mettre à exécution, quelques choses lui manquaient mais il avait le fric pour les explosifs, il lui fallait trouver un revendeur et voyager à travers le monde pour pouvoir placer chacune des charges aux endroits stratégiques, ensuite il n'aurait plus qu'à attendre la date prévue et ensuite les Hommes seraient maître de leur destin.

Là où il se trouvait, tout était calme, au milieu des morts, les seuls êtres avec qui ils pouvaient vivre calmement sans s'énerver, sans vouloir les tuer, ils étaient six pieds sous terre et ne pouvaient plus rien faire, la plupart des gens les avaient abandonnés, ils se contentaient de rester dans leur sommeil immortel. C' étaient souvent eux qui détenaient les clés qui permettaient de comprendre le futur mais au vu de leur statut ils gardaient leurs secrets. Toutes les tombes étaient en friche, les plantes qui n'avaient pas été changé depuis des lustres pourrissaient sur place, un reflet de la société actuelle où tout fanait et où personne n'accordait d'importance aux choses du passé, la famille ne signifiait plus rien, personne n'allait plus voir les morts sous prétexte qu'ils étaient justement morts.
Les gens qui l'avaient aperçu avec un bouquet de fleur à la main avaient l'air surpris comme si déposé une gerbe de fleurs pour la personne aimée était signe de maladie mentale. Il avait remplacé les fleurs pourries par des nouvelles roses. Il avait eu besoin de revoir cette tombe, discuter avec elle, il ne savait pas encore si il irait voir ses parents, une dernière fois en signe de défiance ou de réconciliation. Il devait faire le point, depuis quelques temps, il sentait qu'il se détachait des Moires, il avait cette impression que son destin lui appartenait, il sentait que c'était lui qui allait décider de mourir et non les soeurs du destin. Il avait parler pendant deux heures, au milieu des autres tombes désertées, parlant à un mur comme un imbécile, c'était l'avantage principal des morts quoi qu'on leur dise ils étaient toujours d'accord.
Il sortit du cimetière, le ciel était gris, reflétant son état d'esprit, non en fait son esprit était pire il était noir, plus noir que les ténèbres. En s'approchant de sa voiture, il aperçut Hakha, toujours vêtu de son costume blanc et de sa chemise noire. Ses lunettes de soleil n'étaient pas vraiment appropriées, certes c'était l'été mais il n'y avait aucun soleil, juste des nuages, on se serait cru à Londres. Il sortit une lettre de sa poche, un nouveau contrat, il l'ouvrit, déplia la lettre et vit le nom de sa cible : Hector Lamira.
« -C'est qui?
-Un médecin qui veut commercialiser un produit permettant de soigner des cancéreux, cela gène quelqu'un de plus puissant et donc il doit être éliminer.
-Très bien j'accepte.
-Vous n'avez pas le choix de toute façon, soit vous l'acceptez soit on vous pourchassera tout le restant de votre vie.
-Personnellement je pense que j'aurai du mal à refuser un de vos contrats et je peux te garantir que si je ne veux plus en exécuter je saurai disparaître sans prévenir quoique vous devriez le savoir si je part. »
Hakha repartit sans dire un mot, avec sa démarche robotique, le dos bien droit, le pas lourd et lent. Ask rentra dans sa voiture, prit son téléphone portable, composa le numéro inscrit sur la feuille de papier et entendit le bip sonner de l'autre côté.
« -Cabinet du docteur Lamira, bonjour.
-Bonjour je souhaiterais prendre un rendez-vous.
-Oui et sur quoi porte votre problème?
-Je ressens des pressions dans ma tête, sur mon cerceau comme si quelqu'un me tapait dessus avec un marteau.
-D'accord vous pouvez venir demain à quinze heures.
-Très bien merci. »
Il lui fallait trouver un nouvel endroit pour dormir, il se dirigea vers un parking souterrain, s'enfonça vers l'étage le plus profond. Il s'arrêta sur une place, passa derrière et se coucha sur la banquette arrière, une bonne nuit de sommeil et ensuite il pourrait éliminer une autre cible. Il faudrait ensuite qu'il trouve son matériel et voyage.

Le bâtiment était encore massif, avec toujours cette couleur métallique, moche, vide. Ask avait pris son Glock 17C, il avait été acheté un silencieux. Il avait pris rendez-vous chez le médecin, il allait le forcer à faire partir sa secrétaire, il n'aurait aucun mal avec la pression d'un pistolet sur la tempe, un homme devient aussi docile qu'un chaton.
« -Mr Whaï?
-Oui.
-Vous pouvez venir, le professeur Lamira est prêt à vous recevoir. »
La secrétaire laissa entrer Ask dans le bureau, elle ferma la porte pour retourner dans le sien. L'homme était assis sur sa chaise, il fit signe à Ask de s'asseoir, il s'exécuta.
« -Alors, vous avez pris rendez-vous avec moi parce que vous sentez des pressions sur votre cerveau.
-Bon autant être franc avec vous, ce n'est pas pour ça que je suis là, en fait on m'a envoyé pour vous tuer.
-Je me doutais qu'on enverrais quelqu'un mais aussi vite alors que mon invention n'a pas été commercialisé, je dois avouer que je suis impressionné. Vous travaillez pour la Confrérie de l'Ombre, c'est ça?
-Oui.
-Une société qui se croit secrète mais qui ne l'est pas pour deux sous, vous savez ce qu'ils font vraiment? Je suppose que non, vous ne savez même rien d'eux, ils n'ont pas dû vous dire qu'il tuait toutes les personnes qui menaçaient les intérêts des Cinq. Ils vous ont plutôt fait croire que c'était pour régler des différents économiques, ce qui est en partie vrai, seulement ces différends sont liés aux intérêts des Cinq, vous avez qui ils sont n'est-ce pas? »
Ask fit un hochement de tête.
« -Alors vous comprenez que ce que vous faites est mauvais.
-Ce que je fais est mauvais, ce que vous faites l'est aussi, du moins je l'imagine. Vous annoncez la mort à des tas de personnes chaque jour vous leur promettez des miracles qui n'arriveront jamais, vous appauvrissez la planète, au lieu de sauver le continent africain, vous préférez vous concentrez sur des problèmes de riches.
-Vous vous trompez jeune homme, vous ne savez même pas pourquoi vous allez me tuez, vous ne savez pas ce que j'ai fais pour avoir un contrat sur la tête. J'ai enfin à développer un traitement qui me permette de modifier les gènes des personnes atteintes d'un cancer, ce procédé est fiable à cent pour cent, il guérira les personnes malades mais ces imbéciles des Cinq ne veulent pas que cela soit vendu sur le marché. Ils estiment qu'il n'y a pas assez de malades pour le moment, je connais quelqu'un qui a un cancer de la peau et qui mérite qu'on le sauve.
-Et il consiste en quoi votre procédé miracle?
-Il y a deux solutions en faites, l'une est une modification des gènes malades si le cancer est génétique comme dans le cas de mon patient, l'autre est plus simple c'est un laser qui passe à travers les tissus du corps sans les abîmer et supprime les cellules malades. C'est une solution miracle mais il faudrait une épidémie pour que ces connards de Cinq veuillent commercialiser le produit.
-Est que quelqu'un pourra prendre la succession sur votre projet?
-Evidemment mes collègues en seraient tout à fait capable.
-Donc c'est pas gênant si je vous tue.
-Si ça l'est parce que j'ai caché toute le processus dans une partie de ma mémoire. Je sais que vous êtes obliger de me tuer sinon vous êtes mort.
-Vous inquiétez pas pour ça, je peux vous laisser en vie mais il faut que vous fuyez que vous disparaissiez, allez chez les Exclus, personne ne vous cherchera là-bas. Vous devez cependant faire partir votre secrétaire sinon le plan sera foiré.
-Vous m'aidez alors, vous me laissez en vie?
-Non, il faut d'abord que vous répondiez à une question, est-ce que votre technique d'eugénisme marche dès la naissance?
-Bien sûr, c'est même le but, pourquoi vous me demandez ça.
-Faites partir votre secrétaire, c'est urgent.
-Euh, oui... Lisa, vous pouvez partir... Oui, je fermerai le bureau ne vous inquiétez pas... Bonne soirée.
-Si vous arrivez à modifier les gènes dès la naissance, qu'est ce qui vous empêche de créer une tonne de types parfaits dans tous les domaines?
-La morale, j'ai une morale, moi, eh qu'est-ce que vous foutez?
-Je vais vous tuer, vous êtes un utopiste, si vous croyez que tout le monde a une morale vous vous foutez le doigt dans l'oeil. Vous êtes con mon vieux! Pourtant votre projet était bon, il aurait pu sauver des milliers de gens. Adieu! »
Le dernier mot sonna comme une sentence de mort pour le professeur Lamira, le silencieux étouffa le bruit de la balle qui partit telle une fusée dans la tête du médecin. Ask attendit quelques minutes pour partir, il éteignit les lumières et sortit.

Il rentra dans la Mustang, trop de choses se bousculaient dans sa tête. Il n'avait pas vraiment voulu tuer ce type, après tout ce n'était pas un chef d'entreprise, il ne visait pas les profits que son invention pouvait lui rapporter mais il cherchait à aider des gens, un bon samaritain en somme. Mais comme toutes les âmes charitables, il était naïf et croyait qu'elle ne serait jamais utiliser par des personnes malveillantes pour achever la destruction de l'Afrique en développant des sur-hommes, des Superman à la chaîne. Il s'en voulait pourtant de l'avoir tuer, il aurait pu le laissez vivre, après tout si il avait vécu chez les Exclus, il n'aurait blesser personne mais il aurait sans doute voulu partir au bout d'un moment. Les pensées contradictoires se bousculaient, il fallait qu'il discute avec Salran, mettre les choses au clair.

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