ATTENTION SI VOUS VOULEZ PAS VOUS FAIRE SPOILEZ SUR LE FILM NE LISEZ PAS, C'EST IMPORTANT JE NE PEUX PAS FAIRE DE CRITIQUES CONSTRUCTIVES SANS SPOILS.
Depuis plus d'un an on entend parler de The Dark Knight, la suite de Batman Begins, le film qui avait réhabiliter la franchise Batman après le massacre opéré par Joel Schumacher dans Batman Forever (vous savez celui avec Double-Face qui a fumé trop de joints et qui se prend pour le Joker) et aussi dans Batman et Robin où on atteignait le fond de la connerie inter-dimensionnel. Heureusement que Christopher Nolan a accepter de faire Batman Begins, vous ne savez pas qui c'est? Quel honte! Il réalisé dans l'ordre, The Following puis Memento (vous savez le film à l'envers) puis Insomnia (le dernier grand rôle de Al Pacino) puis Batman Begins, puis The Prestige (excellent film qui n'arrête pas de piéger) et enfin The Dark Knight celui qui nous intéresse.
Il y a un an et demi, Warner Bros diffusait les premières infos sur le casting et il y eut cette annonce qui fit grand bruit, Heath Ledger sera le Joker. Ledger c'est cet acteur qui faisait beaucoup de films nuls, en fait un grand acteur en devenir qui s'était sorti les doigts du cul en jouant dans Brokeback Mountain. A l'époque j'avais beaucoup tiqué sur cette annonce, comment un tel acteur pouvait-il remplacer Jack Nicholson? Et puis j'ai revu le premier Batman de Burton (Timmy pour les intimes) et je me suis aperçu que ça avait super mal vieilli et que bon faut bien l'avouer Michael Keaton avait le charisme d'une moule pour faire Batman/Bruce Wayne. En fait Batman aurait pu s'appeler "The Jack Nicholson Show", il cabotine durant tout le film en jouant un Joker complètement éloigné du comics qui fait le clown au lieu d'être un psychopathe anarchiste. Lorsqu'on voit aujourd'hui The Dark Knight on ne peut être que bluffer par l'interprétation de feu Heath Ledger qui porte le film, on sent sa présence durant toute la durée du métrage, même quand il n'y a aucune scène avec lui il y a cette présence fantomatique qui fait froid dans le dos, il habite le film, on ne voit plus l'acteur mais le personnage : le Joker, un psychopathe qui ne veut qu'une chose, le chaos.
En fait dès les premiers teasers, tout le monde a été rassuré par la performance de Heath Ledger et lorsque l'annonce de sa mort a été divulgué, je me suis dit qu'on venait sans doute de perdre un acteur qui aurait eu une grande carrière.
Mais bon le film ne tourne pas seulement autour du Joker mais aussi des personnages de Bruce Wayne et Harvey Dent (=Double Face) et le film pose l'éternel question du pouvoir, comment gérer le pouvoir, ne va-t-il conduire qu'à la perversion? Car à Gotham City toutes les personnes de pouvoir(ou presque) sont pourries, les flics, la plupart des procureurs, les criminels font la loi. Et lorsque Harvey Dent apparait, Briuce Wayne se met à espérer que peut-être il pourra raccrocher le costume et laisser la place à ce procureur qui se fait le défenseur des nobles valeurs. Au final Bruce ne veut plus être Batman mais il veut vivre avec celle qu'il aime Rachel Dawes, seulement gros pépin, elle sort maintenant avec Dent parce qu'elle ne veut pas vivre en sachant pertinemment que son mari est le Batman et qu'il prend des risques. Comme chacun le sait l'amour blesse et même parfois tue, ainsi lorsque le Joker va faire kidnapper Dent et Rachel, Batman/Bruce devra choisir entre celle qu'il aime et celui qui peut le remplacer, mais le Joker est malin et il piégera le chevalier noir pour qu'il sauve Harvey au moment où Rachel lui avouera qu'elle veut se marier avec lui. L'amour tue et elle mourra. Dent se verra défigurer dans l'explosion et Bruce ne saura plus quoi croire, il se demandera si il doit continuer à sauver les innocents et à poursuive les malades mentaux alors qu'il met tout le monde en danger.
D'ailleurs le film est à ce titre bourré de scènes cultes qui font passer ce gros blockbuster pour un film d'auteur, je pense ici à la scène de l'interrogatoire où le monologue du Joker nous fait comprendre que lui et Batman sont les deux faces d'une même pièce, ils se réfléchissent comme des miroirs, l'un est l'ombre et l'autre la lumière. Cette scène explique d'ailleurs très bien ce qui se passe pour les héros, lorsque tout va mal on leur met tout sur le dos et lorsque tout va bien on est gentil. C'est aussi pour ça que Batman est intéressant car dans le film il n'est pas aimé par les citoyens, ils lui préfèrent Harvey Dent qui va devenir Double-Face, manipulé par le Joker, fou de rage d'avoir perdu celle qu'il aimait, il va s'en prendre à l'inspecteur Gordon pour une raison que je ne vous explique pas et il mourra poussé par Batman du haut d'un immeuble abandonné. C'est là que à mon sens se joue la plus belle scène du film qui donne tout son sens aux personnages importants (Dent et Batman) et mineur (Gordon), Batman décide d'endosser les meurtres de Double Face car il sait que la population a besoin d'un homme, elle ne se reconnait pas dans les symboles, elle n'est pas encore prête à avoir un justicier masqué pour héros. Cela donne une dimension tragique et magnifique au mythe du héros, le super-héros s'efface pour laisser place à la légende, à l'homme, à celui qui aurait nettoyé la ville de tous ses criminels si le Joker n'était pas apparu.
En cela The Dark Knight est une magnifique symobiose de tout ce qui a été fait sur le Batman, de The Killing Joke d'Alan Moore (the auteur de comics) à tout le reste. Pour une fois les personnages sont travaillés, Double-Face a enfin une origine crédible et le fait que le Joker n'en ait pas de définitive (il la change tout le temps) renforce son côté fantomatique, voire surréaliste. Tout est ancré dans une ambiance de polar noir magnifiquement mis en scène par Christopher Nolan. The Dark Knight est incontestablement le meilleur Batman jamais réalisé, c'est celui qui ne vieillira pas mal comme ceux de Tim Burton et qui aura donc ce statut rare de chef d'oeuvre intemporel. Bon certains me diront que je m'avance très vite en besogne mais je crois qu'on a trouvé la meilleure adaptation d'un comics à l'écran, balayant les naïvetés de Spiderman, les problèmes existentiels des X-men. Ici c'est une parabole sur le pouvoir, ce qu'on doit (peut) en faire, comment il conduit les personnes à devenir mauvaises. Le film se résume en une seule réplique, celle de Harvey Dent : "On vit en héros ou bien on attend assez longtemps pour se voir endosser le rôle du méchant?" Tragiquement superbe.
Une seule chose à dire pour finir : courez voir ce film ou vous mériterez la peine capitale : un sourire du Joker sur vos visages.
"Why so serious?"
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