samedi 28 août 2010

The Way the world ends Chapitre II, partie 2

Nom de dieu, j'ai laissé à l'abandon ce blog et mon roman aussi. Bon, ben la suite, relisez le précédent parce que vu le temps qui vient de passer entre les deux passages. J'espère pas que ce sera aussi long pour la suite.


Nous retournâmes vers le camp, laissant le micro-climat du rocher derrière nous. Arthur nous attendais au pied de sa tente.
- Bien, je vois que vous avez montré à notre nouveau venu le rocher. Impressionné ?
- Je le serai quand vous aurez retirez l'épée.
- Bien, très bien. Dit-il simplement tout en rigolant.
Nous entrèrent dans la tente, de la nourriture nous attendait, des boissons et des lits afin de nous reposer. Le tout était précaire, sans réel confort. Dans le fond, j'aperçus un vieil homme, vêtu dans des vieilles friches qui avaient autrefois été blanches. Il nous regardait de ses yeux vides, rien ne transparaissait, aucune émotion. Il se détourna des autres et me fixa longuement, était-ce encore mes yeux, ou percevait-il autre chose ? Je soutenais son regard, cela dura quelques minutes puis il sortit, passant devant moi tout en continuant de me regarder. Des frissons me parcoururent.
- Ne t'en fais pas pour le vieux druide, me dit Gauvain, il parle peu mais nous pouvons compter sur lui. Si nous sommes blessés, il sera là pour nous aider.
Il nous fallait encore attendre quelques jours avant de réunir plus de bretons. J'en profitais afin de découvrir le pays et m'entraîner un peu plus au combat, au milieu des collines les moyens de courir étaient importants. Lors de l'une de mes courses, je senti que quelqu'un me suivait, je fis comme si de rien n'était et je continuais à courir. Je débarquais dans une forêt dense, la partie de cache-cache allait pouvoir commencée. Je partis immédiatement vers la partie la plus touffue, me mêlant aux arbres, je sortis mon épée de son fourreau et je continuais à courir. Je percevais les bruits de pas, mais ils se faisaient un peu plus lointains au fil de ma course, dès qu'ils ne se firent plus entendre j'escaladai un arbre et m'agrippai à une branche, ni trop haute, ni trop basse. J'attendis quelques minutes avant de voir mon poursuiveur, je fût surpris en découvrant son identité. Je descendis de la branche.
- Vous êtes Galaad ? N'est-ce pas ? Vous me suivez ?
- Non, pas du tout, je me baladais juste. Dit-il d'un ton hésitant.
- Pas la peine de me mentir, je vous ai entendu. Petit, mon père m'apprenait à écouter tous les bruits possibles. Votre pas est lourd, votre entrainement doit manquer de rigueur. Comment vous êtes vous joint à cette quête ? En tuant un troupeau de moutons ?
- Non, j'ai trouvé un trésor rare dans une grotte, je n'avais pas vraiment prévu de rejoindre cette quête au début. C'est lorsque le vieux druide est venu me voir que j'ai compris que je pourrai enfin m'échapper.
- Bien et vous souhaiter vous entrainer en me suivant ?
- Eh bien, oui, vous êtes nouveau et solitaire, je me disais que peut-être vous voudriez bien de moi.
- Ça ne me dérange pas. Mais arrêtez de me suivre et courez à côté de moi, il va vous falloir être plus léger si vous voulez survivre avec moi.
Je tapotais son gros ventre du bout de mon épée pour me faire comprendre.
- Donc vous allez courir avec moi et vous entrainez à l'épée, et vous suivrez un régime alimentaire semblable au mien.
- C'est-à-dire ? Demanda-t-il l'air inquiet
- Oh rien de compliquer, juste moins de gras. Mais assez bavarder, suivez-moi !
Je repris alors ma course, il s'épuiserait rapidement et ne parviendrai plus à me suivre au bout d'un moment. Il me fallait lui proposer un entrainement brutal, sinon ce ne serait jamais efficace. Seule la brutalité pourrait le faire progresser, et après tout il avait rejoint cette quête insensée. Je lui proposait pendant les trois jours qui suivirent un entrainement épuisant, en peu de temps, son corps s'était transformé, il était recouvert de cicatrices diverses, causées par les divers exercice que je lui avait proposé. Il avait progressé en endurance et son pas s'était allégé à force de grimper aux arbres, son art de l'épée s'améliorait.
Le soir, lorsque nous nous retrouvions dans la tente, nous échangions nos expériences de vie, je ne racontais évidemment pas tout, je mentais parfois afin de rendre l'histoire cohérente et j'inscrivais mon nom dans cette légende un peu folle. Le personnage le plus emblématique était réellement Lancelot, en plus d'être énigmatique, en effet il nous donnait l'impression d'avoir voué sa vie entière à cette quête, tout jeune déjà il sauvait des gens qui risquaient de se faire tuer par des bandits, il semblait être un héros, nous ne tarderions pas à découvrir que l'habit ne fait pas le moine.
Enfin le jour du triomphe d'Arthur arriva, il avait apparemment tout prévu, la plupart de la Bretagne était massée sur la plage, chacun tentant d'avoir une meilleure place que l'autre. Depuis le rocher, Arthur ne voyait personne, mais le contraire n'était pas vrai, chacun voyait qu'il allait bientôt devenir le Roi. Nous restâmes sur la plage, afin d'éviter les problèmes, chacun se devait d'être irréprochable. Arthur avait en effet invité des dignitaires romains à assister à la cérémonie. Il vous faut bien comprendre que Arthur n'avait pas toujours vécu en Bretagne, sa mère l'avait caché à Rome dès son plus jeune âge par crainte que les ennemis de son père ne veuillent le tuer. Un prénom romain lui avait été attribué : Arthurus. Là-bas, il avait servi dans la milice, il parlait assez peu de cette période de sa vie, il semblait ne pas avoir aimé vivre à Rome. Lorsque les dirigeants romains en avait eu marre de ne pas parvenir à un contrôle total de la Bretagne, ils décidèrent de rechercher le légendaire fils de Pendragon, apparemment caché dans l'opulente cité. Ne se souvenant pas de sa jeunesse, personne n'était sûr, lui en premier, s'il était véritablement le fils adoptif de. La légende diffère de la réalité sur ce point, Arthur n'est pas né de l'union illégitime de de Pendragon et de la femme de son ennemi juré. Avez-vous déjà vu beaucoup d'enfants naître après une seule partie de jambes en l'air ? Il a en fait été trouvé non loin d'un champ de bataille, au milieu d'un tas de cadavres, couvert de sang, par Uther, peu de temps après son accès au pouvoir. Peu de gens connaissent la vérité, et les écrivains ont souhaité intégrer du romantisme à cette histoire, altérant par là même la réalité. Les romains lui ont fait confiance, ils l'ont entrainés tactiquement, mentalement, mais son choix s'est fait lorsqu'il a commencé à avoir des visions d'une femme rousse qui lui disait de désobéir aux romains et de chercher le Graal, ce que lui confirmera plus tard, Merlin, le vieux druide. Aucun de nous n'a jamais réellement douté de sa santé mentale, comment voulez-vous ? L'épée ne se séparait de son bloc de roche qu'à son contact (au mien aussi, mais cela est secret) et elle lui donnait une force incommensurable. Moi-même je ne pouvais douter de ce côté mystique, ma vie était de la fantaisie pure.
Il s'apprête alors à relâcher l'épée de son étau et à trahir les romains. Il semblait que toutes les personnes présentes étaient dans un état de tension insoutenable. Le sort de la Bretagne dépendait du succès d'Arthur, les vies de générations futures étaient entre ses mains, l'échec ne lui était pas permis. Sur ma gauche se trouvait Léodagan qui me regarda, il semblait me dire : « Si jamais, ça ne marche pas avec lui, on sait que tu es là ». Le temps sembla s'arrêter, s'étioler, les secondes paraissant des siècles pendant qu'il enlevait l'épée, les gens ressentaient se qui se passait, ils semblaient tous connecter, un lien magique s'était tissé entre eux, ils étaient unis, eux qui durant des siècles avaient vécus les uns à côté des autres sans réellement se voir, étaient désormais liés par un homme.
Certaines choses sont vouées au succès.
La foule sembla exulter, les dirigeants romains applaudirent calmement ne trahissant pas leur anxiété. Arthur descendit de la colline et vint vers nous :
- Bien messieurs, je pense qu'il est temps pour moi de prendre ma première mesure en tant que Roi de Bretagne. Perceval, Léodagan et Bohort vous venez avec moi. Lancelot, je vous laisse à notre bon peuple, prenez-en soin.
- Fort bien, messire, je m'acquitterai de ma tâche du mieux possible. Lui répondit-il simplement.
Notre bande se dirigea vers les romains. Ils étaient deux dignitaires, accompagnés d'une petite poignée de soldats.
- Léodagan, vous pourrez prendre la parole si la discussion s'envenime. En attendant cette éventualité, vous vous taisez, je ne voudrais pas que le tout finisse en bain de sang.
Il ne répondit pas, se contentant d'acquiescer. En s'approchant, le Roi leur fit signe de s'installer, une table avait été disposée afin de régler les négociations.
- Mes félicitations pour votre démonstration, Arturus, c'était réellement impressionnant. Commença le plus âgé des dignitaires présents.
- Ne m'appeler pas comme ça, mon nom est Arthur, pas Arturus, je suis breton, pas romain. J'ai grandi chez vous contre mon gré, si ça n'avait tenu qu'à moi, je n'y serai jamais allé!
- Oh oui, c'est vrai, excusez-moi alors. On ne va pas se chamailler pour si peu, n'est-ce pas ? Nous allons signer un traité de grande importance et que tu le veuilles ou non Arthur, toi et ton peuple deviendrez romains.
Léodagan se racla la gorge de manière prononcée en signe de mécontentement.
- Qu'y a-t-il, breton, quelque chose à dire ? Demanda le romain.
Le beau-père fit un signe de main en guise de non.
- Bien, alors Arthur, prêt à signer ce traité ?
- Un traité ? Quel traité ? Je n'ai jamais entendu d'un traité.
- C'était pourtant ce qui était convenu quand tu es parti, tu les ralliais à ta cause et après on unissait ce bout de terre à l'Empire.
- Je pense que vous avez rêvé, Sallustius, je devais avoir bu quand j'ai convenu de ça. Maintenant si vous voulez absolument que la Bretagne soit rattaché, libre à vous de déclencher une guerre, mais je peux vous garantir que vous perdrez. Pendant que vous faisiez vos petites manigances politiques à Rome, j'ai envoyé un message à mon peuple, apparemment ils ont compris, beaucoup de vos soldats sont morts, beaucoup de vos camps ont été vidés de leurs occupants. Ceux que vous voyez autour de moi sont des fidèles que j'ai recruté personnellement et qui se sont distingués. Je tiens notamment à vous présenter Perceval. Voyez-vous, Perceval a éliminé à lui tout seul un camp entier de soldats romains, près de chez lui, il a laissé un survivant afin de faire connaître la nouvelle. Voyez aussi Lancelot, depuis sa jeunesse, il sauve les gens victimes des bassesses commises par vos soldats, il n'a pas de famille car vous l'avez tuée.
- Très bien, je comprends que vous êtes tous enragés par notre présence, mais pourquoi décimé un camp, Perceval, vous nous détestez à ce point ?
- Pas vraiment, là où j'habite, en Armorique, nous sommes tranquilles, votre présence n'était pas envahissante, cependant, je ne suis pas fait pour être fermier, je préfère largement combattre. Il y a longtemps, certains de vos amis m'ont fait subir un traitement particulier, depuis lors on ne peut pas dire que je vous porte dans mon cœur. A dire vrai, je porte peu de monde dans mon cœur... Mais ne cherchez pas à me comprendre, tout ce que je peux vous dire, c'est que certaines choses sont vouées à échouer.
- A vous de décider, Sallustius, repartez maintenant ou restez et vous repartirez en morceaux à Rome avec un message pour l'Empereur, que j'apprécie fortement par ailleurs, il est bien moins stupide que vous, et bien moins envieux. Vous lui avez usurpé son pouvoir, il ne risque plus de nuire à personne. Finalement, peut-être que je devrais vous tuer, je lui serai certainement utile, vous éliminer rétablirait quelque peu l'ordre à Rome... Enfin, je suppose que ce n'est pas de mon ressort, alors je vais vous laisser partir, veillez à ce que votre décision soit prise en accord avec César et qu'elle soit juste... pour tout le monde.
Le dignitaire se leva, et fit signe à son cortège qu'il partait. Arthur avait pris des risques, il le savait et il en tremblait encore. Léodagan regarda son Roi et l'applaudit.

Y a-t-il un intérêt à ce que je vous raconte la suite directe de cela ? Je ne crois pas. Je vais aller à l'essentiel immédiatement, la famille d'Arthur possédait un château situé à Camelot, à l'est de la péninsule bretonne, il était situé au milieu d'une immense plaine, des petites maisons formaient un semblant de village, autour de cette seigneurie se dressait des champs cultivés et des forêts. La mère d'Arthur avait exercé une régence sur ce domaine qu'elle détestait, c'était Uther Pendragon qui le lui avait transmis à sa mort, elle avait suffisamment à faire à gouverner Tintagel. De cela résultait une certaine pauvreté et un mécontentement certain du peuple de Camelot. L'arrivée d'Arthur fut perçu avec appréhension, le fils Pendragon allait-il apporter la richesse ou bien le malheur ? Notre groupe de chevaliers n'aidait pas forcément à le réconforter, il pensait qu'Arthur serait un chef de guerre qui se ficherait de son peuple.
Ma première nuit au château ne fût pas la plus facile, la frénésie des jours précédents était encore présente, beaucoup de choses avaient changé dans ma vie en très peu de temps. Il m'avait fallu attendre près de trois siècles avant de percevoir un changement durable dans ma vie, peut-être avais-je fait mon deuil à ce moment, en coupant définitivement les ponts avec mon passé. Avec le recul, je crois que c'est ce que j'ai toujours fait, j'ai toujours fui mon passé pour pouvoir l'accepter, pour pouvoir vivre avec, pour tous vous avouer c'est la première fois que je fais une rétrospective. Vous, mortels ne cessez de regarder dans le passé pour avancer, du fait de votre mortalité justement, vous avez besoin de vous réconforter en regardant vos actions passées, vous souhaitez atteindre un certain idéal et regarder votre passé pour l'atteindre, je n'ai jamais eu besoin de ça, j'ai vite compris que j'aurai le temps et que je pourrai accomplir tout ce que je voulais sans jamais me retourner. Le seul élément de mon passé vers lequel je me tourne c'est elle. Cela doit aussi vous arriver : parler avec un être cher dans vos rêves, vous êtes tellement concentré sur ce rêve que lorsque vous vous réveillez le matin le rêve a pris le pas sur la réalité, et pendant quelques secondes vous croyez que la personne dont vous avez rêvé est encore là, à vos côtés mais la réalité vous colle un uppercut et vous vous souvenez, elle n'est plus là, vous errerez sans elle jusqu'au bout de votre route. Cela m'arrivait souvent à cette époque, je me réveillais chaque nuit en pensant la trouver à mes côtés et je ne trouvais que le vide, l'obscurité me regardait et me riait au nez, toutes les bonnes choses dont j'avais rêvé disparaissaient dans l'obscurité.
Certaines choses sont immuables.
Vous avez beau savoir qu'elles font parties d'une réalité éloignée, lointaine, elles se rappellent à vous dans vos moments de faiblesse.
Nous disposions chacun de nos quartiers, nous pouvions faire ce que bon nous semblait dans les limites du raisonnable et du savoir-vivre. Beaucoup de mes camarades ramenaient des femmes dans leurs quartiers, chaque nuit on pouvait croire que la décadence infestait Camelot, les orgasmes se succédaient les uns aux autres. Je n'étais pas aussi actif sur le plan sexuel que mes camarades, mais j'allais moi aussi chercher des femmes, après tout mes besoins étaient eux aussi humains, le château ressemblait à un gigantesque bordel lors de certaines nuits. Les cris de jouissance se succédaient les uns aux autres et formaient un gigantesque capharnaüm. La quête du Graal n'était pas aussi pure que présenté dans certaines légendes. Cette débauche d'immoralité ne faisait pas pour autant d'Arthur un Roi ignoble ou fainéant, au contraire.

- Pourquoi pensez-vous que seul Lancelot et vous êtes invité à des réunions privées avec le Roi ? Me demanda Bohort au détour d'un couloir.
- Seriez-vous jaloux, messire Bohort ?
- Absolument pas, je suis contre le favoritisme! Dit-il alors qu'il devenait gêné.
- Simplement, nous sommes surement les plus utiles à l'action royale. Répondis-je d'un air sec, en tournant les talons.
Chaque semaine, le Roi organisait deux réunions, celle où tous les chevaliers étaient présent et faisaient état de leur situation, et l'autre où seul moi et Lancelot étaient présents où nous discutions de questions plus techniques comme la situation défensive du pays. Lancelot n'était présent que dans ces moments au château, le reste du temps il vivait à l'extérieur, faisant ce qu'il préférait : vivre parmi le peuple, au plus près de leurs besoins, cela explique surement certains de ses comportement futurs. Arthur avait entrepris avant son accession au pouvoir de renflouer les caisses du royaume, il avait fait chanter Sallastius avant son départ pour Rome, quelques romains pouvaient rester sur le territoire breton en échange d'or. Cela avait été efficace, l'or avait coulé dans les caisses, vides depuis quelques années, pour accentuer cela, le Roi avait entrepris de soutenir ces agriculteurs et de développer du commerce, cela n'était pas compris par beaucoup. Pourtant, l'Empire Romain était un gros acheteur et apportait au royaume.
Chaque réunion se déroulait selon un ordre du jour strict défini par Merlin, le druide qui avait retrouvé Arthur et l'avait informé de son destin à Rome. En dehors de ces moments, c'était un personnage discret, la gestion du pouvoir ne l'intéressait pas, le devenir de sa lignée, si, les apothicaires devenaient de plus en plus rare et peu de gens s'y intéressaient, pourtant sans eux beaucoup de batailles auraient été battus, à chaque époque, j'ai vu que les gens maitrisant l'art de la guérison étaient estimés, ils étaient d'ailleurs les seuls à remarquer mes particularités, surtout à l'époque moderne.
- Bien alors, aujourd'hui, nous allons tenter d'organiser notre défense en vu d'une future attaque des saxons. Lancelot, vous êtes le plus qualifié sur le plan tactique, vous discuterez les idées du Roi. Perceval, quant à vous, vous pourrez soumettre des idées sur le plan guerrier propre, à savoir les armes à utiliser, notamment. Je m'occuperai de la partie financière que j'ai préalablement consultée avec Messire Bohort. Commença Merlin.
- Pour ma part, je recommande une grande prudence dans les décisions que nous allons prendre, nous n'avons de nombre précis, nous ne savons pas de quel équipement ils disposent. Pour le moment nous ne pouvons que conjecturer sur la situation à venir, ce qui est sûr c'est qu'il nous faut rassembler le plus d'hommes, je peux, au cours de mes différentes pérégrinations recruter des hommes. Et si, monseigneur, vous me permettez de partir pour une durée plus conséquente habituellement, je pourrai voyager plus loin dans le territoire, je pense savoir où trouver des soldats qui vous feront allégeance. En ce qui concerne le matériel à utiliser, je laisse messire Perceval vous guider, il s'y connait bien mieux que moi dans ce domaine. Enchaîna Lancelot.
- Je suis d'accord pour vous laisser partir pour une longue durée, j'expliquerai aux autres chevaliers la situation, cependant j'exige de vous un rapport chaque semaine. Vous m'expliquerez où vous vous trouvez et si vous avez réussi à convaincre des personne sur votre route. Perceval, je vous écoute.
Lancelot parti immédiatement.
- Sire, nous savons que votre père avait fait installé des tours de guets aux points stratégiques du royaume. Nul doute que malgré l'absence de gouvernement, les différents seigneurs locaux ont conservé ces dernières, cela leur assurait une certaine puissance sur d'éventuels assiégeants. Cela reste à vérifier, mais si tel est le cas, vous devez faire en sorte qu'elles soient réarmées, nous serons alors prévenu si les saxons tentent de nous attaquer. De plus il faut des armes, le royaume est vulnérable, il n'y a que nous pour défendre le territoire et cela ne constitue pas une force dissuasive, si bataille il devait y avoir, ce serait un massacre. Cependant pour pouvoir fabriquer des armes il faut de l'or, ce qui, je ne crois pas me tromper, manque. Je suis apte à fabriquer des épées ou toutes autres sortes d'armes, pour les armures c'est autre chose, il faut mobiliser des forgerons du royaume et les payer, ou encore pourrait-on demander à Rome de l'aide.
- Rome va bientôt tomber, leur royaume s'achève dans des déluges de sang et de sperme. Ils se sont détachés de ce que tout souverain devrait faire : s'occuper de son peuple. Désormais ils en payent le prix. Je vais envoyer les chevaliers dans leurs régions natales si une attaque y est envisageable. Perceval, vous et Caradoc resterez ici à la Cour avec moi, votre région ne sera pas attaqué immédiatement, nous repousserons l'attaque avant qu'ils atteignent l'Armorique. Je vous laisserai prévenir Caradoc, il redoutait de devoir partir à cause de sa famille. Je pense que nous pouvons clore la session, à moins que vous n'ayez quelque chose à ajouter Merlin ?
- Nous sommes au point pour le moment. Répondit-il de son ton monocorde habituel.

Je frappais à la porte de la chambre de Caradoc. Sa femme vint m'ouvrir et je lui expliquais la situation, son visage afficha un air apaisé, serein. Elle m'invita à l'intérieur et alla chercher son mari. Leur chambre était modeste, assez confortable pour accueillir un couple marié avec deux enfants. Le dernier était encore dans son landau. Je m'en approchais et le regardais, il avait le corps d'un petit bambin, boudiné, encore informe, il afficha un large sourire lorsque je le regarda, ses yeux brillaient d'une flamme vivace, s'y mélangeait la curiosité et l'envie de vivre. Des sentiments qu'ils perdraient à force de grandir. « Tu ne sais pas la chance que tu as, petit homme, chaque jour sera nouveau pour toi, tu en profiteras, tu trouveras ce que tu veux. Tu vivras, tu aimeras des gens et tu les accompagneras dans chaque étape de leur vie et même dans leur mort. » C'était ce que je lui avais dit tout en le regardant. Lorsque j'eus fini il sourit simplement, attrapa son pied et joua avec. Je posais ma main affectueusement sur son crâne garni de quelques cheveux. Voir cet enfant m'apaisais, il n'étais pas de moi, je n'avais aucun lien avec, il n'était pas condamné à une existence éternelle, il ne comprenait pas ce que je lui disais je pouvais donc lui parler sans tabous, il était un confident privilégié.
- C'est mon bonheur, vous savez ? Me dit Caradoc en entrant dans la pièce. Je suis bien content de rester à Camelot, je pourrai m'exécuter plus efficacement dans mes tâches.
- Bien, très bien, le Roi savais que cela vous ferai plaisir. Les autres chevaliers vont partir dans leurs régions natales et ils coordonneront la défense là-bas. Ils nous préviendront aussi lorsque les Saxons arriveront.
- Parfait, dites-moi, messire Perceval, ne répondez pas si cela vous dérange mais puis-je vous demander pourquoi vous n'avez pas de femme ?
- Cela ne me dérange pas, j'ai eu une femme il y a un certain temps, mais elle est morte des suites d'une longue maladie très courante. Nous n'avons jamais eu d'enfants, je n'en voulais pas et ma femme a respecté mon choix.
- A votre façon de parler on dirait que cela fait des siècles qu'elle est morte. Vous n'êtes pourtant pas si vieux que ça ?
- Je paraît plus jeune que je parais, j'ai une quarantaine d'années.
- Vieux saligaud, vous en paraissez dix de moins.
- Je crois avoir de la chance, tout simplement. Bien, je vais vous laisser messire. Profitez bien de votre famille.

Les semaines passèrent, les chevaliers étaient repartis dans leurs provinces natales, des pigeons arrivaient chaque jour de tout le territoire, nous informant des avancées dans la coordination des défenses. A Camelot régnait une agitation permanente, le Roi était très tendu, l'absence de Lancelot et son absence d'informations n'aidant pas. De plus, la coordination défensive était délicate, j'aidais le forgeron du village à préparer des armes et armures en nombre suffisant. Nous préparions des pièges dans le village et aux abords du château. Les armes de siège étaient prohibées, les saxons n'en auraient pas, et nous n'avions pas les ressources nécessaires pour en fabriquer. Nous nous attelions donc à des défenses basiques. Nous gagnerions c'était certain, j'étais invincible et je serais en tête des troupes.
Un jour que je trouvais dans le village, une femme vint me voir, la connaissais-je ? Certainement, ce devais être une de celles qui venaient au château pour coucher avec nous. Je ne la reconnus pas, à vrai dire, je me passais du sexe, le peu de femmes qui couchais avec moi était à chaque fois différent. Elle vint vers moi, je ne me souviens même plus de quoi elle avait l'air, il faisait sombre cette nuit-là C'est aussi une histoire que j'ai tenté d'occulter, cette femme m'a causée des soucis incommensurables. Vous n'allez surement pas aimer ce qui suit, mais cela peut vous aider à comprendre certaines de mes actions de maintenant.
- C'est vous, j'en suis sûr, je n'ai pas couché avec un autre homme depuis, ce ne peux être que vous.
- Que se passe t-il, ma dame ?
- Comme si vous ne le saviez pas. Me rétorqua t-elle, furieuse. Je suis enceinte par votre faute.
- Excusez-moi de mettre en doute votre parole, ma dame mais je ne me souviens même pas de vous. Lui répondis-je.
Elle tenta de me gifler mais je l'arrêtais à temps, son visage vint alors briller dans l'obscurité. Je la reconnus, j'avais couché avec elle il y a des mois de cela. Elle soutint mon regard, je relâchais son bras et entrepris de m'excuser. Elle n'entendit rien, elle repartit furieuse en me promettant d'en parler au Roi, elle pouvait bien, je n'en avais cure.

Je regardais par la fenêtre lorsque le Roi vint me parler le lendemain. Je contemplais les étendues sauvages qui formaient le royaume.
- Une jeune femme du village est venue me parler ce matin, elle serait enceinte de vous. Cela vous dit quelque chose ?
- Oui, elle est déjà venue me voir hier. Peu importe ce que vous direz, je n'en ai que faire. Cet enfant n'est pas de moi, je le sais, c'est tout. Lorsque j'étais marié, j'ai essayé de concevoir avec ma femme, nous n'avons jamais pu donner la vie.
- Vous étiez marié ? Votre femme n'est pas avec vous ?
- Non, elle est morte très jeune peu de temps avant que vous veniez me voir. Vous avez surement remarqué que je transporte toujours une urne avec moi, ses cendres reposent à l'intérieur. Elle m'accompagne toujours.
- Vous êtes quelqu'un d'étrange, d'habitude ce sont les sorcières que l'on brûle. Nos femmes nous les gardons avec nous, et ensuite nous les enterrons, ce sont nos traditions.
- Je ne suis pas traditionaliste et je ne crois pas en votre dieu, je crois qu'il y a la vie et la mort, et ça s'arrête là.
- Oui, vous êtes vraiment étrange. Revenons-en à cette femme, vous ne comptez même pas l'aider ? Elle porte un enfant, votre aide lui serait utile, c'est certain.
- Pourquoi l'aiderai-je ? Parce que j'ai couché avec elle une fois et qu'elle est désormais enceinte ? Comment pourrait-on prouver que cet enfant est de moi ? Sans doute est-elle une trainée, je ne suis surement pas le seul avec qui elle a pu couché. Je ne m'occuperai pas d'elle, ni de son rejeton, je ne les considère pas miens. Ma décision est faite, vous ne pourrez rien y changer. Maintenant, si vous voulez bien m'excuser j'ai à faire.

Je repartais, fuyant l'inconnu, ce grand inconnu qui fout la trouille à tout le monde. Je me replongeais dans les préparatifs de la guerre à venir. Les informations nous arrivaient chaque semaine. A aucun moment, des signes d'offensive ne se présentaient à nous, pour autant chaque chevalier envoyé organisait la défense. D'après les informations que nous recevions, le peuple du Royaume était bien préparé, les forgerons avaient embaucher des bras en plus afin d'armer convenablement chacun, des tourelles avaient été construites aux entrées des villages et aux endroits stratégiques, le Roi parlait chaque soir avec cette dame qu'il disait être seul à voir et lui demandait conseils et lui adressait des prières. J'étais apparemment le seul païen du groupe, ma vie m'avait convaincu qu'aucune force supérieure ne nous guidait dans la vie, il n'y avait que nous et cela était déjà suffisant vu le chaos que nous parvenons à mettre. C'est du moins le ressenti que j'ai, peut-être étais-je un pieu chevalier? Ma mémoire peut parfois être défaillante et les détails se remodeler à ma guise.
Les mois passèrent, la femme qui se disait enceinte de moi ne m'avait plus embêter pour le moment, tout le monde était trop concentré sur les attaques imminentes. Lancelot était revenu à la Cour, il avait apporté avec lui des gens de sa confiance, il en avait mis les autres en poste avec nos camarades. Les dernières nouvelles étaient peu encourageantes, des rapports indiquaient la présence de bateaux ennemis non loin des côtes, l'attaque semblait être coordonnée pour frapper en plusieurs points du royaume et essentiellement sur les côtes, point névralgique et stratégique. Chacun s'affairait aux derniers préparatifs, tous était tendu, certains n'avaient jamais tué, certains n'avaient même pas l'âge pour porter une armure ou une épée, ils étaient parfois trop jeunes mais le Roi tenait à ce que chacun se battent pour sa survie. Il avait un plan qui me semblait logique mais que Lancelot désapprouvait au plus haut point : puisque les saxons souhaitaient nous envahir, l'ensemble du peuple devait se battre, il y aurait des morts, certainement, des deux côtés, des innocents mourraient, des gens qui ne comprenaient rien à ce qu'on leur demandait. Le propre de chaque guerre, c'est que les gens se battaient parce qu'on leur demandait, ils ne comprenaient rien aux ordres la plupart du temps, mais c'était tout ce qu'ils savaient faire : obéir.
Il y eut plusieurs batailles, raconter l'intégralité me prendrait des heures, et je ne me souviens pas en détail du déroulement de chacune, je me souviens d'une en particulier, la dernière, les victoires définitives restent dans la tête, les autres ne sont que du bonus en général, la mémoire les occulte.
Cela faisait déjà quelques semaines que les Saxons tenaient leur siège, l'ensemble de la population de Camelot était regroupé dans l'enceinte du château, les provisions commençaient à manquer, le Roi voyait que inexorablement une issue se dessinait, elle serait sinon sanglante, au moins définitive pour l'un ou l'autre des camps. Il me convoqua avec Lancelot afin de préparer une dernière offensive, celle de la dernière chance. Il avait déjà préparé son plan : Lancelot resterait dans l'enceinte pour protéger les innocents et pour prendre la relève si le Roi venait à mourir. Lui et moi irions directement face aux saxons avec les soldats qui pouvaient encore tenir une épée, l'opération était suicidaire, le Roi le savait, pourtant c'était la Dame qui le lui avait dit, il faisait pleine confiance en cette dame que lui seule disait voir. Quant à savoir s'il était fou ou bien sincère, la question ne se posait même plus, Lancelot le suivrai en enfer s'il le fallait, et je tenais absolument à en finir, je savais pertinemment que une armée simplement composé de moi les écraserait, je ne tenais cependant pas à agir de façon brave et apparaître déraisonné, ma crédibilité serait totalement anéantie.
Nous nous préparâmes, je partis faire un tour à la forge de fortune installée dans le château et je me mis à aguiser les lames, le sang qui avait déjà coulé dessus les avait abîmés. J'eus aussi l'idée de forger des couteaux afin d'éliminer les saxons de manière plus efficace, des lames fraiches ne feraient pas de mal, le tranchant serait plus efficace. Lorsque j'eus finis je rejoignis Arthur et les autres soldats à l'extérieur, Lancelot nous attendait, il empoigna le Roi, je lui serrai la main tout en lui souhaitant bon courage, il fit de même. Nous partîmes, les saxons s'attendaient à une attaque désespérée, tout le monde le savait, mais certainement pas à une attaque à l'aube, pourtant ils seraient prêt, c'était une certitude. Sur le chemin je proposais au Roi de jouer le rôle d'éclaireur, lui rappelant mon attaque réussie contre les Romains. Cela me semblait être hier, pour lui ce devait être une éternité. Il accepta.
Je pourrais tuer sans soucis la plupart des soldats saxons, pour autant il me faudrait viser convenablement, leurs armures étaient en acier et leur peau semblable à du bois épais de quatre mètres, la gorge serait le meilleur point d'attaque ou bien l'entrejambe. Je laissais le Roi et les soldats à la lisière de la forêt qui entourait le camp, tous étaient vêtus de noir et Arthur avait exigé que chacun se peigne la figure avec de la boue, ainsi ils faisaient corps avec l'obscurité encore présente, le jour ne se lèverait que dans deux heures. Je partis sur les talons, j'avais retiré mes bottes et les effets lourds de mon armure, j'étais vulnérable, mes pieds étaient recouverts de boues, mais le bruit n'était plus présent, j'étais silencieux telle la faucheuse. Leur camp était certes sommaire, mais ils avaient des tours de garde à l'entrée, en bas se trouvait deux gardes assis autour d'un feu. Je décidais d'éliminer d'abord ceux perchés dans leur tour et ensuite les deux fous à terre. Je contournait en prenant bien soin de laisser un angle suffisamment large afin de ne pas être repéré, j'escaladais la première tour, mon couteau entre les dents, l'épée en bandoulière, je m'accrochais afin rebord afin de distinguer combien d'ennemis était présent, il n'y en avait qu'un, je me hissa et tout en restant silencieux, m'approchait de lui afin de lui trancher la gorge, je me levais, retira la lame d'entre mes dents et avec ma main gauche l'approcha sur le devant de sa gorge, je fis partir un coup sec et mit ma main droite sur sa bouche afin qu'il ne hurle pas et pour retenir son corps dans une chute bruyante. Je descendis de la tour, repris le même chemin et me dirigea vers la seconde en suivant le même procédé. Afin d'éliminer les gardes autour du feu, il me fallait simplement arriver dans leur dos et les tuer, tout en restant discret. Je plantais la lame du couteau dans le dos de l'un, l'autre réagit et tenta d'appeler à l'aide, je pris mon épée et fendit l'air, la lame s'abattit sur son épaule, il gémit de douleur, le coup suivant lui trancha la tête. Le reste du camp était remplit de tentes, je repartis en arrière pour aller chercher le Roi et le reste des soldats.
Nous arrivâmes dans le camp, chacun partit de son côté exécuter ses propres soldats. La frénésie des combats de chacun devait y être pour quelque chose, tous était concentré avec ardeur dans leur tâche, chacun s'occupait de ses victimes. Peut-être que si nous étions restez vigilants, nous aurions pu prévoir ce qui se produirait. Nous nous retrouvâmes tous dehors, nous attendions le Roi mais il ne vint pas, j'envoyais l'un de nos camarades le chercher, il revint quelques minutes après, tenant le corps d'Arthur dans ses bras, ils étaient tous les deux livides.
- Je l'ai trouvé comme ça, son adversaire était mort et le sire était à terre, il gisait dans une mare de sang, la sienne, je suppose, j'ai jeté un œil et j'ai vu une balafre importante au niveau de son estomac.
Il déposa le corps, je ne savais pas quoi faire, et mes camarades non plus. C'est une éventualité à laquelle personne n'avait songé, certains d'entre nous était morts, cela faisait partie du plan, insidieusement, mais le Roi, personne n'aurait pu prévoir sa mort.
Mais soudain, alors que tous nos espoirs avaient disparus, le cadavre à nos pieds fit du bruit, une expiration, si profonde, si intense qu'on aurait pu croire qu'il nous parlait depuis le tréfonds des ténèbres. Il se releva et resta assis sur ses jambes, il nous regarda, bouche bée. Immédiatement je regardais sous sa veste, seule une simple cicatrice était apparente, mais elle semblait être ancienne. Je regardais l'autre soldat, interloqué, ce dernier ne sut quoi me dire.
- Bon, on y va, ou vous préférez me regarder, tous, comme des enfants ? J'ai dû m'évanouir, tout simplement, pas la peine de se posez des questions pendant plusieurs années. Alors vous reprendrez vos esprits et vous retournez en direction de Camelot. Déclara le Roi, de sa voix autoritaire.
Les soldats ne se firent pas prier, ils avancèrent immédiatement sur le chemin du retour, préférant oublier ce qu'il venait de voir et l'attribuant à la fatigue.
Certaines choses sont inexplicables.
Arthur se releva et me toisa. Il commença à parler :
- Pas un mot de ce qui vient de se produire ici, à qui que ce soit, je ne veux pas que ma femme ou le seigneur Lancelot ne s'inquiète pour rien.
- Très bien, sire.

Nous rentrâmes, calmement, sûrs de notre victoire totale. Les familles, nous voyant arriver sains et saufs hurlèrent de joie, certaines, ne voyant pas leurs maris pleurèrent, d'autres les embrassaient. Le Roi passa devant sa femme et Lancelot, il ne leur fit aucun signe, rien, pas un geste, il semblait pensif, ce qui venais de lui arriver devait le laisser perplexe, ou peut-être que non. Les jours passèrent, des repas et des fêtes de victoire se succédèrent les uns aux autres, l'alcool coula à flot, les femmes se couchèrent devant leurs héros, espérant en retour une place d'honneur qui ne viendrait jamais ou alors une divine bénédiction superflue. Tous mourraient un jour ou l'autre.
Puis le Roi vint me voir, il semblait solennel :
- Vous souvenez-vous de cette femme qui est venu vous voir en colère, clamant qu'elle attendait un enfant dont vous étiez le père. Celle que vous avez rejetée ?
- Qu'y a-t-il à propos de cette femme ? Est-elle morte durant les attaques ?
- Si cela vous rassure, oui, elle l'est.
- Eh bien, ainsi elle ne viendra plus m'embêter avec son enfant, il a dû lui aussi périr.
- Là est tout le problème, le prêtre du village est venu me voir, il a trouvé un enfant dans la maison de cette paysanne. Tout porte à croire que c'est le sien et par supposition, le vôtre. Avant que vous ne disiez quoique ce soit, je tiens juste à ce que vous sachiez ceci : aucune loi dans mon royaume ne vous oblige à prendre cet enfant sous votre tutelle.
- C'est parfait, mais je tiens malgré tout à le voir, une sorte de curiosité malsaine me pousse à savoir si c'est mon enfant ou non.
- C'est un fils, au fait. Me dit le Roi avant de repartir.

J'étais assis en face de lui, rien chez lui ne me permettait de savoir si il était mon fils ou non, il était minuscule, devant avoir quelques mois à peine il avait des cheveux de paille, blonds, dans tous les sens, seule une mèche plus foncée sur le devant faisait un contraste. Ses yeux étaient bleus, d'un azur très prononcé. Je pouvais bien sûr, savoir s'il était mon fils, le geste était tentant mais cruel, si il se révélait qu'elle s'était trompé, après tout, pouvais-je croire sur parole, une paysanne ?
Les mois passèrent, je ne le revis pas pendant tout ce temps mais certaines choses ne sont pas contrôlables, à croire que quelque chose nous force. Je ne me souviens plus des détails mais je sais que le prêtre vint me voir un jour, son visage était livide, on aurait cru qu'il avait vu la mort, il savait que je ne voulais plus avoir à faire avec mon fils, mais il ne savait vers qui d'autre se tourner. L'enfant avait trouvé un objet dangereux et avait joué avec, malheureusement, la chose s'était retourné contre lui, le prêtre l'avait trouvé, plein de sang et sans pouls. Il m'emmena dans sa chapelle et me le montra, je lui demandais de sortir et de me laisser seul. Il est amusant de voir qu'il n'y a que lorsqu'on perd les gens chers à nos cœurs que l'on se rend compte à quel point ils peuvent compter.
Je cherchais la plaie, le sang n'en coulait plus, elle était déjà fermée alors que l'accident avait eu lieu peu de temps avant. L'espoir m'emplit, je cherchais son pouls, un très faible battement pouvait se faire sentir. J'attendis alors pendant des heures, je n'avais vécu le phénomène qu'une seule fois et j'étais très jeune, je n'en avait que peu de souvenirs, mais je pensais que cela n'était pas très long une fois les plaies cicatrisées. Je regardais régulièrement afin d'en vérifier l'avancée, la vitesse de guérison était réellement impressionnante, vivre cet « near-death expérience » comme je l'appelais était quelque chose, la voir en était une autre. Il s'éveilla dans la nuit, ses yeux encore jeunes, pleins d'insouciance me regardèrent d'un air interloqué, il ne comprenait pas, son corps pensait être mort mais son essence en avait décidé autrement, au fond de son ADN se trouvait quelque chose, rare, précieux mais aussi redoutable et violent : l'immortalité. Je le regardais dans les yeux et je commençais à lui parler :
- Alors tu es bien mon fils, je suis content, cela prouve que malgré ma malédiction, je peux procréer. Mais ne crois pas que ce sera facile, tu seras rejeté, souvent tu te sentiras différent, étranger à ce monde, pourtant tu devras y vivre, t'adapter à ce qui le compose. Souvent, cela te paraîtra injuste, sale, mais c'est ainsi que tu devras survivre. De père à fils, d'homme à enfant, je te transmets mon ressenti. Tu ne dois pas comprendre ce que je te dis mais tu verras plus tard, tel une pierre, tout cela viendra te frapper. J'étais à peine plus grand que toi quand cela m'est arrivé, je n'ai pas compris ce qu'il se passait de suite, mais j'ai dû m'adapter. J'ai été vénéré, j'ai été méprisé, j'ai été aimé, j'ai été détesté et rejeté. Maintenant il me faut te laisser, fils. Repose-toi, je reviendrai te voir te donner des leçons.
Je repartis, en ouvrant la porte, je découvris le prêtre derrière, il me regarda, il tenait sa croix dans les mains.
- J'ai tout entendu, je savais que vous n'étiez pas normal, je savais que quelque chose n'allait pas avec vous.
- Qu'avez-vous entendu, père ?
- J'ai compris ce que vous faisiez, j'ai compris que cet enfant était un fils du démon, votre bouche peut mentir, mais pas vos yeux. Il est revenu à la vie alors que notre Dieu l'abandonnait, cela n'est pas un phénomène normal.
- Allons, mon père, vous êtes fatigué, vous avez certainement mal entendu tout ça. Et que vous voulez-vous faire ? Je suis chevalier de la table ronde, dois-je vous le rappeler. Allons, bonne nuit, mon père, prenez soin de mon fils, si quelque accident devait lui arriver, vous pourriez vous rapprocher de votre Dieu à jamais.
Il ne dit pas un mot, je repartais en direction du château.
Le lendemain, le Roi vint me trouver dans ma chambre.
- J'ai appris pour votre fils, le père Francis est venu me voir et discuter avec moi, il a fait part de certaines... inquiétudes vous concernant, et à propos de votre fils aussi.
- Que vous a-t-il dit exactement ?
- Qu'il vous soupçonnait d'être un démon et votre fils aussi. Je vais vous avouer quelque chose maintenant, depuis notre première rencontre, je sais que vous êtes quelque peu hors-norme, votre fait d'arme était bien trop extraordinaire pour avoir été réalisé par un seul homme, je n'y ai pas cru au début, c'est pour cela que je suis venu vous voir, et j'ai réalisé que vous viviez seul depuis la mort de votre femme, dans un isolement complet. Ce que le père m'a dit n'aura pas d'influence sur moi. Le véritable problème c'est le peuple, son influence est plus importante que tout ce que je pourrais leur dire, sur l'autel du démon, il leur fera tout croire. Il va surement exiger que vous partiez et le peuple le soutiendra, je ne pourrai rien faire contre ça.
- Cela n'a pas d'importance, sire, je ne vais pas attendre, je partirai dans la nuit avec mon fils.

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